Orgosolo et ses murales

Orgosolo et ses murales

Avant notre séjour en Sardaigne plusieurs amis nous conseillaient d’aller à Orgosolo. Sur la carte j’ai pointé ce village au cœur de l’île, à quelques kilomètres d’une ville Nuoro, une des villes importantes .

Pas de problème Orgosolo est à 70 km de la côte lieu de notre plage en plus l’autoroute en facilite l’accès.

Arrivé sur notre lieu de vacances, confirmation ! dans la liste des excursions à réaliser sur une journée, une destination revenait régulièrement « Orgoloso ». Mais qu’a-t-il de particulier ce lieu ?

Arrivée à Orgoloso

Orgosolo au loin au fond de la vallée vue des hauteurs de Nuero

Au fond, le village d’Orgosolo au pieds du massif de Supramonte (altitude 1200 m)

Au détour d’un virage

Sur le bord de la route, un simple rocher de granit un message : un berger attentif surveille son troupeau (auteur Fransico Del Casino)

Accueil chaleureux

Les touristes affluent nombreux dans ce bourg, c’est sûrement pour cela qu’une sculpture moderne a été édifiée face à un panorama sur plombant la région.

Le texte est écrit en sarde. Il s’adresse à l’étranger (istranzu), il parle de paix (paghe), et à la fin il parle d’un édifice sarde assez commun qu’est le nuraghe. Et ce serait probablement une phrase de Giovanni Pira qui est un poète originaire d’Orgoloso.

« Bon étranger ! Dans la paix nous t’accueillons et la paix nous te […] . Parce qu’avec celle que tu nous donnes et celle que nous te donnons, nous faisons une nuraghe d’amitié. »

Dès notre arrivée, un mural met dans l’ambiance.

Piazza Caduti in Guerra, arrêt des cars de tourisme

« Heureux le peuple qui n’a pas besoin de héros » . Cette fresque est accompagnée d’une citation de Gino Strada, (1948-2021) chirurgien de guerre italien, fondateur de l’ONG Emergency, qui œuvre en aide aux victimes civils de guerre. « La guerre signifie massacrer des civils et mettre un gouvernement qui garantit le pouvoir économique »

Des affiches à l’origine

Le phénomène muralistique à Orgoloso est né en 1975. Au début il s’agissait d’affiches destinées aux salles de classe et aux murs du pays. L’objectif était d’éveiller la population du village aux événements locaux ou internationaux, sur la citoyenneté en quelques sortes. Peut être que les affiches de mai 68 à Paris donnèrent des idées aux étudiants qui apprécièrent l’initiative. Les mouvements muralistes mexicains et chiliens ont également influencé les sardes.

De 1968 à 1970, les affiches de contestation et de revendication sont réalisées par un professeur de dessin, Francesco Del Casino avec certains habitants dans l’association : Circolo Giovanile d’Orsoloso » . Elles deviendront les esquisses des peintures murales reprises sur plusieurs fresques. Un des sujets qui a mobilisé les dessinateurs, la lutte de Pratobello, contre l’extension d’un camp militaire.

Réalisée par Francesco Del Casino en 1984

Traduction de l’affiche de gauche : « Mairie. Maison du Peuple. Le peuple décide et le maire signe. »

En bas à droite et en rouge : « Ce qui se passe à Pratobello, contre l’élevage et l’agriculteur, est une provocation d’ordre colonial. Il faut remonter à la période du fascisme pour retrouver un événement pareil. Pour cette raison je me sens solidaire des bergers et des agriculteurs d’Orgoloso qui résistent avec courage et si je n’étais pas en mauvaise santé, je serai parmi eux . Emile Lussu juillet 1969″

Peinture réalisée par trois anciens militants du Larzac en 2009 à l’occasion de la célébration des 40 ans de la lutte de Pratobello

La révolution chilienne a également inspiré les premières fresques comme celle ci illustrant ce poème chilien .

« Nous prenons dans les ombres du coucher du soleil des gouttes de pluie fine. Nuit longue de soleil sous les ombres…Ombre partout nous ramassons des blessés, des morts. Nous tenons serré la rage comme quelque chose qui s’aime. Nous goutons la haine comme un aliment. nous reculons mais nous reviendrons demain. « Ils ne savent pas que nous avons beaucoup d’octobres dans notre histoire. Généraux sur votre septembre, tombera notre octobre. »

Peinture murale réalisée par Frencesco Del Casino en 1977 et restaurée en 2004

Le plus fréquent thème a, la paix et la guerre

Peinture réalisée en aout 2020 « Tous assis par terre … enfants à la guerre … » Extraits des paroles d’une chanson contre la guerre TAZENDA : Pitzinnos in sa gherra

Corso Republica, auteur Francesco Del Casino, « une autre guerre , non merci ! »

GAZA 30 septembre 2000 GAZA : Un jeune de 12 ans abattu avec son père tué par les forces militaires israéliennes…

Les grands acteurs politiques

Les hommes qui ont marqué l’époque et leurs idées sont enseignés en classe mais surtout sur les murs…je pense aux fresques des églises qui racontent les histoires. L’instigateur de ce programme pédagogique est le professeur de dessin Fanscesco Del Casino, qui a réalisé 90% des peintures . Il a enseigné à Orgoloso pendant 20 ans avant de retourner à Sienne sa ville natale. Pendant ses séjours d’été, il est aidé par plusieurs générations d’étudiants qui ont été ses élèves à l’école secondaire d’Orgoloso.

Via Gramsci, Auteur : Francesco Del Casino, Testament politique de Che Guevara.  » La Révolution doit être la défense des droits des plus faibles et non la domination d’une classe sociale par une autre. »

Traduction : « Surtout il faut être capable de sentir dans le plus profond de son cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui en n’importe quel endroit du monde. C’est la qualité plus belle d’un révolutionnaire. »
« Non à la guerre »
« Pas en mon nom »

A Luigi Pintor 1925-2003 (député communiste contestataire), auquel le centralisme démocratique censure la rencontre avec les camarades du club des jeunes de 1969

« La vie est tellement dure et les enfants doivent parfois faire beaucoup de peine à leur mère car ils veulent garder leur honneur et leur dignité d’homme… » A. Gramsci 1928

« Parce que nous vous instruirons avec tout ce dont a besoin votre intelligence. »

Il Manifesto est un journal politique italien, publié pour la première fois le 24 juin 1969. Il a été fondé par une frange dissidente du Parti communiste italien.

La vie sociale et contestataire

Via Cadorna, auteur F.del Casino, « Enquêté pour atteinte à la santé des Italiens » , Francesco de Lorenzo ( ministre de 1989 à 1993)

« A nos mineurs sardes », exploités et issus de l’immigration (5000 mineurs fin 1990)

Corso Repubblica, auteur F. del Casino, « Si j’avais su en quoi consistait la vie dans les mines, j’aurais fait cent ans de cavale plutôt que de me livrer à cette labeur. »

« Un jour, tous ensemble, nous transformerons 500 000 cris en un seul cri qui déchirera le ciel muet de la Sardaigne. »

Corso Repubblica, auteur Francesco del Casino, « Nous sommes tous des clandestins… »

Corso Repubblica, auteur F. del Casino, «  »Ce sera seulement lorsque le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, que vous vous rendrez compte que l’argent ne se mange pas. » A quoi sert le bien être et la richesse si la nature est continuellement menacée, si les animaux et les plantes sont en voie de disparition de la surface du globe ? L’argent ne se mange pas » .

Corso Repubblica, auteur F. del Casino, En Italie nous sommes tous égaux, au moins pour ce qui concerne la dette publicitaire….selon les données de la banque d’Italie, sa famille a contracté une dette de 181 millions 800 000 envers l’état italien

Corso Repubblica, auteur F. del Casino,(mais celui qui gaspille et n’a jamais d’argent) des propos de Peppino Mereu l’invitation à lutter unis pour la future insurrection de l’île.

Via Giovanni XXIII, auteur F. del Casino , Réalisée à l’occasion du bi-centenaire de la Révolution française…

L’histoire locale et vie quotidienne

Outre les luttes et les contestations, la vie du village tient une place importante.

Via Spano, auteur Pascalino Baingi  » Sagesse du temps perdu »

Vieille bibliothèque, Auteurs de haut en bas : F Del Casino et P. Buesca, Vincenzo Floris, des artistes originaires d’Orgoloso.

Corso Republica, auteur : Teresa Podda « vie quotidienne »

Fresque peinte sur la façade de la Banque

Plusieurs aspects de la réalité sarde vus par des étudiants de l’Institute d’Arte G. Sello-Udine

Via D’Azeglio, auteur F. del Casino, au retour de la commission, on se met au courant des dernières nouvelles du pays

Serifino Spiggia, célèbre apiculteur sarde décédé le 21 janvier 2010

Humours

Des artistes italiens ou étrangers ont réalisé des ouvrages pour remercier la population orgolaise de son hospitalité.

Frustré

Dommage lors de cette visite, très incomplète, je n’ai pu photographier que 117 fresques sur les 250 murales annoncées dans le guide… en plus j’ai choisi de ne pas publier tout. J’envisage d’ailleurs de réaliser un album photo pour conserver le plus de photos.

Je suis frustré de n’avoir pas pu rencontrer des habitants, surtout des jeunes. Je leur aurai posé ces questions .

En delà de l’intérêt économique et touristique que leur apporte ce joyau. Sont-ils fiers de faire découvrir, en image, leur Histoire, leur vie quotidienne, les idées de leurs parents et grands parents comme un musée à ciel ouvert ? Que pensent-t-ils des idées, souvent très contestataires, de leurs parents et grands parents exposées sur ces fresques? Comment reçoivent-ils les dernières réalisations moins marquées politiquement. Je suis très intéressé par des commentaires pour alimenter mon questionnement.

Merci à mes lecteurs qui pourront répondre à ces interrogations. Merci également à Ilénia et à Clara pour leur traduction de plusieurs textes qui légendent ces photos.

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