Univers concentrationnaire, Mauthausen

Univers concentrationnaire, Mauthausen

Je viens de recevoir la lettre suivante :

 

Je me permets de vous envoyer les écrits de mon ami Jacques Darcq, déporté à Mauthausen en 1944.

 

           Au terme de ses 18 ans, accompagné d’un copain du même âge, il a sa quitté sa ville de Gravelines, près de Dunkerque, dans le but de se rendre en Espagne, afin de rejoindre De Gaulle en Angleterre. Après plusieurs jours de route ils sont arrêtés par les allemands dans le Sud Ouest de la France. Après un séjour dans la prison de Toulouse, ils sont déportés à Mauthausen, un des camps les plus durs où les nazis pratiquent l’extermination par la famine, la torture et le travail.  Deux autres sites figurent dans les textes : Melk, annexe du camp principal et Ebensée, distant d’une centaine de kilomètres et qui est le camp vers lequel, à l’approche de l’armée rouge, les déportés furent évacués à pied, sans boire ni manger. Ceux qui ne pouvaient suivre étaient exécutés.

 

            Ces écrits ne nous apprennent peut-être rien de nouveau sur la réalité des camps mais ils sont bouleversants par la douleur et la détresse qui s’en dégagent, par la poésie qui fleurit malgré toute cette horreur. J’ai eu en mains les textes originaux, écrits dans un gros carnet recouvert du tissu rayé de sa veste de déporté. Le désordre de l’écriture est tel qu’il trahit une souffrance indicible.

 

Avec les mots ordinaires d’un homme simple, Jacques a réussi à soulever un petit coin du voile de l’inimaginable.

Jacques est né en 1924 et décédé en 2007.

Mon ami José qui m’a adressé cette lettre me signalait que sur France Culture de mardi et dans l’émission « Nouvelles Vagues » sur l’expérience concentrationnaire un poëme de Jacques Darq était lu.

Parmi les 38 textes écrits dans ce carnet de 43 pages entre le 8 avril 1944 et le 6 mai 1945, j’ai choisi un poème  :

 

LA CARRIERE

Ne riez pas si un jour je plante des pierres.

Ne riez pas, ne riez pas.

Ça ne pleure pas une pierre,

Ça se souvient et ça pense.

La nuque et les épaules

Epousent, de la pierre, sa forme éclatée

Pour la monter là-haut,

186 MARCHES

Au-dessus du Danube.

*   *   *

Toute la journée tu as porté ta croix, Jésus.

Excuse-moi, je peux te dire tu ?

Mais ici, ils sont des milliers à porter d’énormes pierres,

Quatre fois par jour !

Toi, tu n’avais pas de marches à grimper,

Avec des « hommes aux yeux pâles »

Pour te faire courir

Sur 186 MARCHES.

Je ne veux pas te blesser, Jésus.

Tu avais la croix pour le faire,

Et nous, nous avons nos pierres.

MAUTHAUSEN

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