« A peine j’ouvre les yeux »

l'affiche du film

l’affiche du film

Nous venons de voir ce magnifique film et j’ai pensé à vous.

Vous avez dû vivre en 2010, la période pendant laquelle se déroule l’histoire de ce film, avant votre Révolution, des situations identiques à celles qui racontent et montrent ce film, très important pour votre histoire. Plus »

Des criminels à Tunis hier ….

Je pense à nos amis tunisiens la-bas . Nous y avons fait trois séjours (voir les billets tag tunisie) et je pense à leur accueil et leur gentillesse. J’ai observé leur courage, plusieurs billets de ce blog le résume. Il faut que ce pays continue à construire leur oasis dans le désert de l’ignorance.

Le 30 mars 2000 nous visitions le Grand Musée du Bardo et j’ai repris les photos que j’avais prises ce jour là .

 

Y aller toujours et encore pour son patrimoine du passé comme les oeuvres du Musée du Bardo à Tunis mais aussi pour les paysages reposants du Sud.

Et toujours l’accueil ….

Quelques dattes offertes...

Quelques dattes offertes…malgré la souffrance de n’avoir plus de client . (Photo de septembre 2011)

Je viens de recevoir des mails de nos amis :

Coucou mes chers amis.
Effectivement, terrible coup et sommes encore sous le choc.
Désolés pour ces victimes quelle que soit leur nationalité . Heureusement que mes hôtes étaient au sud dans le désert.

Bonjour
Merci à vous
nous avons un proverbe arabe qui dit:
le coup qui vous ne tue pas vous consolide
On est forgé ça va très bien la Tunisie est en bonne santé
Nous sommes maintenant solidaire autour de notre patrie
nous organisons une visite au Bardo le 19 Avril 2015
Nous sommes actuellement tous les mains dans la main contre le terrorisme qui attaque
pas mal de lieux au monde
les Etats Unis-l’Angleterre -la France-La Syrie -l’Iraq …et la liste est longue
MAIS SOYEZ SURS / LE TERRORISME N EST PAS TUNISIEN
Merci pour votre attention

Lors de notre dernier voyage en Tunisie, fin juin 2014, nous avions décidé de visiter Kairouan, le lieu de la principale mosquée  du Maghreb, un haut lieu de l’Islam en Tunisie .

Nous voulions y retrouver  Mounia, l’ingénieur agronome qui nous avait reçu chez elle (voir le billet ) lors de notre précédent voyage en 2011.

J’avais réservé un hôtel, le seul indiqué pour Kairouan sur le site d’une centrale de réservation mondialement connu avec l’appréciation « superbe »…

Arrivé à Kairouan comme convenu nous  appelons le gérant de l’hôtel . Il nous conseille de l’attendre à un lieu précis car , situé dans la médina aux rues étroites son hébergement ne peut être atteint en voiture. Après plusieurs péripéties et l’aide de plusieurs jeunes prêts à nous rendre service… nous retrouvons Hassine . D’emblée ce dernier nous prévient, presque désolé, que les toilettes sont communes à plusieurs chambres… Nouvelles interrogations  vite élucidées quand nous franchissons le seuil de sa maison-hôtel, « Dar Hassine Allani », par une porte  basse dans les profondeurs de la médina de Kairouan. Au dessus de cette porte une plaque confirme que nous sommes dans une maison d’hôte.

Toutes les pièces sur deux étages s'ouvrent sur ce patio, lieu central de toutes demeures traditionnelles kairouanaises.

Toutes les pièces sur deux étages s’ouvrent sur ce patio, lieu central de toutes demeures traditionnelles kairouanaises.

Hassine a su restaurer la maison de ses ancêtres (ici son père) et surtout en faire profiter  les voyageurs.

Hassine a su restaurer la maison de ses ancêtres (ici son père) et surtout en faire profiter les voyageurs.

...et de son grand père !

…et de son grand père !

Le guide du Routard 2011 conseillait de visiter cette maison-musée : « une des plus belles demeures traditionnelles kairouannaises, typique de l’architecture arabo-musulmane du XVIII ème siècle ». Et nous aurons la chance innouie d’y dormir ce soir.

Dormir dans une alcôve...

Dormir dans une alcôve…

Hassine nous accueille dans sa maison, il nous offre une citronnade sur l’une des terrasses de sa maison alors que le soleil décline . Monia nous y rejoindra et nous serons très heureux de la revoir, elle sera accompagnée d’une amie, par hasard, voisine d’Hassine. Demain cette dernière nous invitera à déguster son couscous kairouanais (semoule très fine).

Montée vers les terrasses

Chaque terrasse est joliment fleurie

Chaque terrasse est joliment fleurie

De chaque terrasse, vue sur la médina et les hauteurs de la célèbre Mosquée de Kairooan

Nous poursuivons la découverte de cette immense demeure-musée, Hassine nous indique la salle à manger pour le petit déjeuner, un couple est déjà à table et nous observons que cette table d’hôte est également exceptionnelle. Malheureusement n’ayant pas réserver, il est trop tard pour que la cuisinière nous fasse profiter de son art. Le lendemain matin la qualité du petit déjeuner nous fera regretter ce manque d’anticipation, je pensais avoir réserver un hôtel classique…

La table du petit déjeuner

La table du petit déjeuner

J’aurai dû avoir la curiosité de consulter le site internet de monsieur Hassine Alani, mais  nous n’aurions pas eu un si grand coup de cœur !

Pour compléter notre satisfaction… le lendemain matin, en urgence, Hassine  a aimablement mis à notre disposition l’un des meilleurs guides certifiés de Kairouan pour visiter la Grande Mosquée et nous parler de l’Islam tant controverser en Occident.

Notre guide en pleine explication dans la Grande Mosquée de Kairouan

Notre guide en pleine explication dans la Grande Mosquée de Kairouan

 

L'immense cour de la mosquée de Kairouan . Les architectes ont mélangé les styles, premier plan arc turc au fond arc roman...

L’immense cour de la mosquée de Kairouan . Les architectes ont mélangé les styles, premier plan arc turc au fond arc roman…Le minaret est haut de 33m

 

La base du minaret a été construit avec de matériau de réemploi ici les inscriptions romaines l'une est à l'envers, les constructeurs ne connaissaient pas le latin !

La base du minaret a été construit avec de matériau de réemploi ici les inscriptions romaines l’une est à l’envers, les constructeurs ne connaissaient pas le latin !

 

Autre réemploi venant des temples romains de la région, les chapiteaux

Autre réemploi venant des temples romains de la région, les chapiteaux

 

 

Depuis que nous avons séjourné en Tunisie, chez l’Habitant, en septembre 2011, nous suivons avec plus d’attention l’actualité de ce Pays.

Lors de notre séjour, nous avons beaucoup parlé avec nos hôtes de la Révolution qu’ils venaient de vivre depuis plusieurs mois et de l’avenir suite aux élections qui se déroulaient fin octobre de la même année.

J’ai relaté ces rencontres sur ce blog…

J’ai beaucoup écrit sur La Tunisie, voir l’ensemble des billets : http://www.bernardrobert.fr/tag/tunisie/

Depuis il y a eu les élections qui ont amené majoritairement à l’Assemblée Nationale Constituante, le parti islamique, Ennahda. Pendant deux ans et 3 mois cette Assemblée a travaillé sur une nouvelle Constitution. De nombreux événements graves ont ponctué cette période de création. Il y eu l’assassinat de deux députés, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, la montée des salafistes dans la société, à l’Université, dans la rue. A plusieurs reprises des députés ont tenté de faire accepter une constitution islamique, prônant la charia. Ces débats ont permis une réflexion dans toute la société. Des associations, le syndicat UGTT, les syndicats patronaux , des réseaux sociaux ont fait évoluer les consciences.

Siège du syndicat UGTT à Tunis

Siège du syndicat UGTT à Tunis (mes archives 2011)

Cette réflexion collective me rappelle les palabres que l’on trouve dans la culture africaine où le consensus est toujours recherché en cas de conflit entre individus .

Au Mali chez les dogons, la case à palabre a un plafond qui ne permet pas de se lever en colère...

Au Mali chez les dogons, la case à palabre a un plafond qui ne permet pas de se lever en colère…(mes archives 2006)

 

Tunisie sera un modèle dans le monde musulman.

Elle l’a été en menant une révolution exemplaire sans catastrophe humanitaire fin 2010, début 2011. Elle l’est maintenant en votant une Constitution pleine de liberté.

L’article 6 instaure la liberté de conscience, il s’agit d’une disposition inédite dans monde arabe.

L’article 2 indique que l’Etat Tunisien est un état civil même si plus loin la constitution précise que l’Islam est religion du pays…Voyons plusieurs constitutions de pays européen qui font toujours référence à l’héritage chrétien.

Dans l’article 45 l’Etat s’engage à protéger et à renforcer les acquis de la femme. Ouf ! les femmes pourtant aux avant-postes de la Révolution, voyaient depuis leur droit bafoué par les salafistes. A l’Université ou dans la rue , affaire des policiers violeurs, port du niqab à l’Université, condamnation des femen, etc…  Cet article est une reprise du Code du Statut personnel promulgué par Bourguiba en 1957 où la femme avait une place inédite dans la société tunisienne et dans le monde arabe, en avance même sur celle de la France à cette époque.

Plus loin il est précisé que le législateur ne peut pas modifier cette Constitution et donne au nouveau Conseil Constitutionnel le droit de censurer d’éventuelles modifications.

Pour lire le texte français de cette nouvelle constitution cliquez

Comme l’a dit Mr Hollande à Tunis :  » Ce texte montre que l’Islam est compatible avec la Démocratie » . Ca fait du bien !!!! et ça redonne le moral pour vivre mieux ensemble.

Bravo à nos amis tunisiens . Ils sont un modèle pour nous qui avons trop tendance à penser que « rien ne peut bouger ».

Des laïcs tunisiens n’hésitent pas à qualifié cette constitution de « Constitution piège à const » ;  c’est vrai que diverses stratégies motivaient les auteurs et les votants de ce texte .  Ce texte est un compromis, peut-on demander aux tunisiens de renier leurs religions, leurs traditions dans un environnement arabe plutôt intégriste, au nom de la laïcité ! Les actes de terrorisme n’ont pas été suspendus suite au vote de cette constitution. Les démocrates sortent plus forts, les révoltés de janvier 2011 ont gagné n’est ce pas le principal ? En attendant ce beau pays a toute notre admiration et je rêve d’y retourner.

La Tunisie sera toujours douce comme ces pâtisseries (mes archives 2011)

La Tunisie sera toujours douce comme ces pâtisseries (mes archives 2011)

 

 

Témoignage de madame Pontier-Sueur

L’année dernière, dans le cadre de l’Université du Temps Libre d’Orléans, Michel Armand avait donné un cours « Faits de société » sur le printemps arabe.

Mercredi dernier avec  Bernard Castiglioni  il avait invité madame Monique Pontier pour témoigner sur son expérience de Professeur de Faculté des Sciences en Tunisie.

Il s’agissait donc de faire un point sur l’actualité en Tunisie.

 

Madame Pontier enseigne en Tunisie et connaît bien ce pays depuis longtemps puisqu’elle y a travaillé 2 ans en tant que coopérante au début de sa carrière.

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Pendant plus d’une demi heure nous allons être immergés dans le milieu des femmes enseignantes et étudiantes de diverses facultés et écoles supérieures de Tunisie, principalement de Tunis et de Gabès (grande ville industrielle dans le Sud).

Je vous propose de l’écouter !

  • Un enseignement qui ne permet pas aux diplômés de trouver  du travail, en dehors des pays du Golfe.

emplois

Port de Sfax

Port de Sfax

  • Des conditions d’étude pénibles à cause d’ une mauvaise connaissance de la langue …

langue

Une librairie sur l'avenue Bourguiba à Tunis

Une librairie sur l’avenue Bourguiba à Tunis en 2011

  • Les difficultés économiques qui pèsent sur les étudiants

economique

  • Faiblesse de la culture générale

histoire

l'amphithéatre romain fin du II ème siècle

l’amphithéatre romain (fin du II ème siècle) d’EL JEM

  • Peu de discussions politiques

politique

Palais du Gouvernement à Tunis

Palais du Gouvernement à Tunis

  • Les étudiantes tunisiennes, les « barbus » et le voile

tunisiennes

Le voile traditionnel du Sud

Le voile traditionnel du Sud

  • Pourquoi la Tunisie a donné la majorité à Ennahda

Ennadha

L'assemblée Constituante (source l'observatoire ...)

L’assemblée Constituante (source l’observatoire …)

  • Et toujours des tunisiennes fortes et responsables

Les femmes responsables

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  • La vie quotidienne difficile

vie

 

  • Il faut aller en Tunisie !

conclusion

 

La gastronomie tunisienne ...Un des plats exceptionnels de Salma, les calamars farcis...

La gastronomie tunisienne …Un des plats exceptionnels de Salma, les calamars farcis…

Un bon moyen de visiter la Tunisie au plus près des tunisiens : une association ONG

Pour voir mon carnet de voyage, mes rencontres et autres sujets sur la Tunisie, cliquer  sur le mot-clef : Tunisie

Tout ce qui touche à la Tunisie m’occupe. Suite à mon voyage làbas en septembre 2011 (voir mes nombreux billets faire : « Tunisie » sur les mots-clefs), je suis attentif aux événements de Tunisie.

Nous avions rencontrés des femmes exceptionnelles comme M qui s'était battue pour créer une association de parents d'autistes.

Nous avions rencontrés des femmes exceptionnelles comme M (à gauche) qui s’était battue pour créer une association de parents d’autistes.

Les articles d’Isabelle Mandraud, l’envoyée spéciale du journal « Le Monde » sont toujours intéressants et c’est pourquoi je tiens absolument à vous faire partager un extrait de son article sur Besma Khalfaoui, la veuve de l’opposant tunisien assassiné le 6 février dernier.

Ce portrait émouvant montre la force de ces femmes qui se battent pour la modernité et les droits de la femme.

 » Le gouvernement et Ennahda sont responsables du meurtre de mon mari « Besma Khalfaoui, la veuve de l’opposant tunisien Chokri Belaïd, tué le 6 février, veut garder espoir

Photo "Le Monde.fr"

Photo « Le Monde.fr »

L’image de cette femme, pâle, les yeux gonflés mais le bras tendu en signe de victoire, accompagnant au milieu de la foule, le 6 février, l’ambulance qui transportait le corps de son mari Chokri Belaïd, un opposant de gauche assassiné quelques heures plus tôt, a bouleversé la Tunisie. Avec elle, des milliers de femmes, tête nue ou voilées, ont, deux jours plus tard, spontanément franchi, contre les coutumes religieuses, les portes du grand cimetière de Tunis pour rendre un dernier hommage au chef du parti des patriotes démocrates unifiés (Watad), tué de plusieurs balles en sortant de chez lui.
Méconnue jusqu’ici, l’épouse de M. Belaïd, 42 ans, avocate et mère de deux petites filles, Nalouz, 8 ans, et Nada, 5 ans, est, depuis, devenue le symbole d’une Tunisie révoltée, auquel les femmes tunisiennes s’identifient. A son domicile, jeudi 14 février, épuisée, elle trouve la force de dire : «  Cet assassinat donne beaucoup d’espoir. « 
Besma Khalfaoui ferme les yeux.  » J’étais à la maison, je préparais les filles pour aller à l’école. Chokri a pris son café, il est sorti normalement pour se rendre au parti. Puis j’ai entendu les coups de feu, je suis allée sur le balcon. Le camarade qui l’accompagnait hurlait : « Besma ! Besma ! Viens ! » Je suis descendue. Je n’ai pas touché Chokri, j’ai interpellé quelqu’un, le concierge peut-être, je ne sais plus, pour lui demander d’appeler une ambulance. Je voulais être efficace.  »

Son courage impressionne. Mercredi, elle s’est rendue au domicile de la veuve du policier Lotfi Ezzar, tué par une pierre lors des affrontements qui ont suivi le meurtre de Chokri Belaïd.
 » Je lui ai dit : « Il n’y a que les femmes qui paient », souffle Besma Khalfaoui. La violence ne fait pas de différence. Mais elle, elle a tout supporté toute seule, et je voulais lui transmettre un peu de tout cet amour que j’ai reçu et qui me donne de la force. « 

L’une est avocate, féministe assumée, soutenue, la seconde, voilée, mère de quatre enfants, ne travaille pas, murée dans sa solitude.

Toutes deux offrent un seul et même visage saisissant de la Tunisie d’aujourd’hui plongée au coeur de la plus grave crise depuis le soulèvement qui a renversé, il y a deux ans, l’ancien régime de Zine El-Abidine Ben Ali.
Les portraits de leurs époux ont été brandis dans des cortèges différents ; celui de Chokri Belaïd, lors des funérailles qui se sont transformées en défilé contre le parti islamiste au pouvoir, Ennahda ; celui de Lotfi Ezzar, par les militants islamistes dans une manifestation censée dénoncer une différence de traitement dans les médias proches des partis de gauche et progressistes. L’un est  » martyr « , l’autre pas.
La voix douce mais ferme, Besma Khalfaoui atténue sa première accusation directe, lancée après le drame, contre les islamistes, mais maintient :  » Le gouvernement et le parti Ennahda sont politiquement responsables du meurtre de mon mari, en ayant laissé se développer la violence dans la société tunisienne, en la banalisant même, comme si ce n’était rien du tout. « 
Oui, ajoute-t-elle,  » Chokri était menacé. Il ne me disait pas tout, mais j’ai moi-même entendu sur Facebook des appels au meurtre dans quelques mosquées, il a été accusé d’être derrière les mouvements sociaux. « 
Après sa mort, sa femme a refusé de voir tout représentant de la coalition au pouvoir, et négligé le télégramme envoyé par le président Moncef Marzouki.  » J’attendais une dénonciation réelle de la violence mais elle n’est pas venue. « 
Il y a deux mois, aussi, Besma Khalfaoui, membre de l’Association tunisienne des femmes démocrates mais non encartée jusqu’ici, avait rejoint des patriotes démocrates pour créer une commission femmes. Originaire du Kef, une région agricole du centre-ouest de la Tunisie, issue d’un milieu très modeste, identique à celui de son mari, elle fait partie de cette génération de femmes élevées dans l’esprit du code du statut personnel adopté à l’indépendance de la Tunisie, en 1956, qui a donné à la Tunisienne la place la plus enviable dans le monde arabe.
Besma Khalfaoui et son mari, engagé dans l’extrême gauche, panarabiste convaincu et pourfendeur acharné de l' » impérialisme « , … se sont rencontrés en 1999. Le couple a poursuivi les mêmes études de droit en France.  » Il y avait moins de violence physique peut-être, mais la répression était plus forte, on ne pouvait pas parler, organiser des manifestations ( à l’époque de Ben Ali) ; aujourd’hui, il y a plus de liberté « , observe son épouse.
 » Non, je ne regrette rien, poursuit-elle. Ce qui nous arrive, c’est encore le fruit de cette époque. Si Ben Ali n’avait pas réprimé les islamistes, la société tunisienne ne se serait pas sentie un devoir de voter pour eux, par culpabilité, parce qu’il fallait leur donner leur chance.  » Devenue malgré elle une figure politique, la militante fait front, mais la femme est au bord de la rupture.  » Je tiendrai bon, mais je suis tellement fatiguée « , s’excuse-t-elle, alors que son appartement ne désemplit pas.
Au pied de l’immeuble sans charme où la famille Belaïd réside, dans le quartier d’El Menzah 6, à Tunis, des fleurs s’amoncellent toujours à l’endroit où Chokri Belaïd a été abattu, il y a une semaine.
Isabelle Mandraud

 

La révolution tunisienne se poursuit.

On aurait pu espérer que Ben Ali parti, les élections du 23 octobre passées, la Tunisie aurait poursuivi son évolution dans la démocratie.

Malheureusement les salafistes, les intégristes de l’Islam utilisant le triomphe de parti islamiste Ennahdha aux élections législatives ne cesse de prendre des initiatives conservatrices et d’un autre temps comme le port du nikab à l’université de Tunis, le mariage coutumier (mariage sans état civil) , l’emprisonnement du directeur de journal Attounissia qui avait publié des photos d’un footballeur en compagnie de sa compagne allemande qui a posé nue.

Toujours vendredi, les sfaxiens ont été 2000 à descendre dans la rue contre la venue du prédicateur égyptien Wajdi Ghénim qui prône la charia et qui ne se gêne pas à traiter de « laïques » les protestataires qui ont entonné l’hymme national tunisien et pour exprimer leur attachement inconditionnel à un état civil .

Heureusement toutes ces « initiatives » ou manifestation font l’objet de la réaction des  associations de « laïcs » comme les avocats ou le syndicat des journalistes.

Coup de chapeau à toutes ces personnes qui  « s’indignent » et réagissent régulièrement .

Dommage pour les amis, rencontrés lors de notre dernier séjour, qui faisaient confiance aux candidats islamistes parcequ’ils seraient « modérés ». Pour le moment les « modérés » et leurs alliés semblent  timides.

Vive la tolérance des tunisiens mais celle-ci a ses limites. Pour être complet, je pense aux milliers de travailleurs, cultivateurs et chômeurs pour lesquels malheureusement ces manifestations doivent être très éloignées de leurs préoccupations quotidiennes.

Pourqu'elles puissent longtemps être amies.

Pourqu'elles puissent longtemps être amies.

Les informations de ce billet sont reprises du site « Tunisie Numérique ».

Les élections ont eu lieu le 23 octobre.

J’ai noté que les tunisiens ont voté à plus de 80%, bravo . Dommage que seulement 50% se sont inscrit…mais ça ne devait pas être simple de faire cette démarche individuelle pour des gens qui n’avaient pas l’habitude de voter. Pourtant j’ai bien aimé cet autocollant qui engageait ceux qui s’étaient fait inscrire.

Cet autocollant indique que la personne s'est inscrite sur la liste électorale.

Cet autocollant indique que la personne s'est inscrite sur la liste électorale.

Les résultats viennent d’être proclamés.

L’Assemblée Constituante qui doit siéger pour la première fois le 23 novembre sera composée ainsi.



L'assemblée Constituante (source l'observatoire ...)

L'assemblée Constituante (source "l'observatoire politique tunisien")

Le parti islamiste Ennadha a donc la majorité. Cette situation a fait réagir des intellectuels français.

J’ai interrogé quelques uns des amis rencontrés lors de notre séjour en Tunisie en septembre.

L’un d’eux se félicite de « la réussite » de Ennadha et souhaite que les occidentaux revoient leurs positions sur les islamistes, le terrorisme est le fait de quelques uns qui en ont fait leur « source de vie » à cause « de la mauvaise éducation, du chômage, de l’ absence des moyens de loisirs dans les différentes régions, de la pauvretéet de l’absence de la démocratie et la liberté d expression ».

Une autre m’écrit  » ne vous inquiétez pas, cette montée des islamistes ne changera rien au cours de notre vie quotidienne. » »…s’ils ne nous respectent pas, on leur dit de dégager ! »

Pour une autre, l’important est le développement de son association et la nécessité de répondre aux attentes de plus en plus importantes des gens.

Je vais continuer à suivre les débuts de cette jeune démocratie : le réglement intérieur de l’Assemblée, la nomination du Gouvernement de transition puis les grandes lois votées par les Constituants . Il sera intéressant de voir comment les droits de l’homme seront préservés dans une nation arabe.

Etudiantes de Sidi Bou Saïd, image forte de la Tunisie tolérante

Etudiantes de Sidi Bou Saïd, image forte de la Tunisie tolérante

Le développement économique de la Tunisie avec un emploi pour tous qui semble être la priorité actuelle sera-t-il au rendez vous malgré la crise financière mondiale ?

Sur la « toile », une mine d’informations absentes des médias français.

Voilà quelques sites que je consulte pour comprendre les enjeux et avoir le maximum de données sur ces élections très importantes, car il s’agit d’élire les députés qui voteront la nouvelle constitution.

Lire : le blog du printemps arabe du journal Le Monde .

Un site tunisien de référence : Tunisienumerique.com

L’observatoire politique tunisien, un blog qui se propose de décrypter les programmes des partis politiques tunisiens.

Le site généraliste sur l’Afrique : Allafrica.com .

Un site tunisien indépendant : kapitalis.com

Pour y voir plus clair sur les partis qui présentent des listes :

Tableau récapitulatif des partis avec leurs "couleurs" c'est plus parlant pour nous.

Tableau récapitulatif des partis avec leurs "couleurs" c'est plus parlant pour nous.

Pour agrandir cette infographie cliquer sur cette vignette : coalitions

A ce jour, les sondages donnent  « Ennahdha » en tête.

A coté de ces partis existent de nombreuses listes indépendantes dont celles qui se sont regroupées dans « Doustourna » qui présentent un projet de constitution basée principalement sur la laïcité et qui n’a d’autre ambition que de construire la dite Constitution. Elles proposent aux internautes de réagir par « j’aime » ou « j’aime pas »  à ses propositions. Voir aussi le billet du blog « Printemps arabe » du journal Le Monde.

.

Je viens de trouver sur le site de l’Agence Tunis Afrique Presse, un document « Guide du journaliste » pour les élections.

Etonnant, l’Etat se permet d’éditer un guide bi-langue pour indiquer aux médias comment informer pendant les élections.

Dans le  préambule je lis :

« Le rendez-vous du 23 octobre pour l’élection de l’Assemblée
Constituante est un tournant important dans l’histoire de la
Tunisie moderne, qui a éclairé la voie de l’émancipation du
despotisme et a opté pour la démocratie et la rupture avec le
pouvoir personnel.
C’est aussi une occasion pour le journaliste tunisien pour
jouer un nouveau rôle à la faveur de la première élection libre
et pluraliste dans le monde arabe.
Ce rôle honore la presse tunisienne, qui est demeurée enchaînée
des décennies durant, la propulse sur les devants de l’actualité
et la met en face de défis qu’elle se doit de relever. Car il n’y
a pas de démocratie sans une information libre, indépendante et
plurielle. »

Parmi les rédacteurs de ce guide il y a la Ligue des droits de l’homme. RSF est pris en référence.

Cette initiative montre bien que la démocratie passe aussi par les médias.

Ca vaut le coup de donner un coup d’oeil sur ce document téléchargeable.

Couverture en français

Couverture en français

Deuxieme page

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