Au sujet des chrétiens de Syrie

Au sujet des chrétiens de Syrie

La dernière fois que nous sommes allés au Liban en 2009, nous avons fait une incursion en Syrie et visité deux monastères célèbres et lieux de pèlerinage pour les chrétiens du Liban.

Des pélerins chrétiens viennent du Liban ici à ND de Saidnaya
Sortie d'office au monastère de Sainte Thècle au nord de Damas

Je m’intéresse aux Chrétiens du Moyen Orient (voir mes billets dans les TAG « Liban »), je me pose beaucoup de questions sur leur rôle et leur avenir dans ce pays ravagé par un conflit religieux inter-islam. Il semblait que les chrétiens de Syrie très nombreux (1 500 000) avaient plutôt choisi le pouvoir en place qui tolérait leurs communautés. Je viens de lire une information qui remet en cause cette tendance. Je vous fais donc partager un article lu dans mon journal.
Extrait du Monde du 19 juin 2012.

Parce que le jésuite italien Paolo Dall’Oglio, qui a vécu trente ans en Syrie, affichait sa solidarité avec les révolutionnaires, il vient d’être expulsé de Syrie.

« On ne verra plus la silhouette de géant du père Paolo Dall’Oglio au monastère de Mar Moussa, dans le désert de Nebek (nord de Damas). Ce jésuite italien, fondateur d’une communauté mixte engagée dans le dialogue islamo-chrétien, s’est vu ordonner par son supérieur hiérarchique, sous la pression du régime, de quitter la Syrie où il vivait depuis près de trente ans.
Car, menacé d’expulsion par Damas depuis novembre 2011 pour ses critiques contre la répression, le père Paolo est sorti de la réserve qu’il avait adoptée pour pouvoir rester dans le pays. D’abord, par une lettre ouverte adressée en mai à Kofi Annan, l’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue arabe en Syrie, dans laquelle il plaidait pour une plus grande implication internationale. Ensuite, en se rendant fin mai à Qusair puis à Homs, villes insurgées proches du Liban.
Parti à Qusair à l’appel de familles pour y négocier la libération de chrétiens kidnappés, le père Paolo y passe huit jours et subit, comme ses hôtes, le pilonnage de la ville. Il rencontre, dans ce bastion insurgé, les  » forces révolutionnaires « , tel qu’il nomme les rebelles – un terme qu’il n’emploie jamais. Il observe aussi l’émergence de groupes islamistes, qui, selon lui, échappent au contrôle des rebelles et sont ancrés dans une lecture confessionnelle de la crise, contrairement aux habitants de la ville.
 » La révolution ne s’arrêtera pas « , mais la militarisation face à la répression a pris le pas sur les manifestations pacifiques, estime-t-il :  » Plus on attend, plus on risque de voir la Syrie s’installer dans une guerre civile prolongée le long de l’Oronte – fleuve traversant Homs, Hama et jouxtant Idlib – et dans des massacres entre sunnites et alaouites, et plus on laisse du terrain aux éléments djihadistes. « 
Et le père est aussi révolté par ceux qui  » ne savent rien voir dans le printemps arabe qu’un complot  » – une allusion à la partie du clergé syrien qui soutient le régime et  » s’inscrit dans une logique suicidaire « . Le père Paolo, qui veut représenter  » l’Eglise des jeunes chrétiens engagés pour le changement « , redoute que ceux-ci se retrouvent coincés entre deux extrémismes :  » celui du régime, et celui de la violence djihadiste « .  » L’extrémisme et les violences vont chasser les chrétiens hors de Syrie « , professe-t-il.

Ce parfait arabophone, qui a longtemps refusé une intervention militaire étrangère, estime aujourd’hui que des opérations ponctuelles, à côté d’une initiative non violente, protégeraient la population dans les zones les plus exposées,  » pourvu qu’il ne s’agisse ni d’une guerre généralisée, ni d’une occupation « .  » Même parmi les Syriens les plus pacifiques, opposés à toute intervention, beaucoup ne voient plus d’alternative à une victoire militaire sur le régime « , affirme-t-il. »

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