De-confessionalisme au Liban, des idées pour dépasser les discours.

De-confessionalisme au Liban, des idées pour dépasser les discours.

Il existe à Paris  un Collectif de citoyens libanais et ‘amis du Liban « pour que le Liban vive ».

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Ce collectif s’était mobilisé en 2006 lors du bombardement des israélien sur le Liban.
Hier soir il organisait dans une salle parisienne un débat intitulé : le système politique confessionnel libanais : polémique et réalités ».

C’est une question que nous nous sommes posés làbas lors de nos deux séjours (voir les pages Liban de mon blog).

La responsable du Collectif présentant la soirée
La responsable du Collectif présentant la soirée

J’ai eu la chance d’y être invité et j’ai trouvé ce débat très intéressant grâce aux 4 intervenants d’un haut niveau. Malheureusement reprenant mon train je n’ai pu entendre les « questions de la salle » et je le regrette beaucoup car ça devait être animé vu la passion que l’on pouvait percevoir à l’occasion de certaines interventions.
S’il fallait résumer en une phrase ces deux heures de présentation de cette question, j’écrirai : pour que le Liban vive il faut que la société libanaise se réforme profondément et c’est possible. Mes rencontres d’octobre 2009 m’avaient laissé un goût amer sur l’avenir du Liban, les interventions réalisées par des spécialistes travaillant au Liban m’ont rendu plus optimiste. Cette expérience montre qu’il faut multiplier « les prises de vue sur tous les cotés » pour  toucher  plus à la réalité !

Revenons à la conférence.
A la première question posée par le « modérateur » , que pensez-vous des demandes de dé-confessionalisation que l’on entend dans la bouche de tous les personnalités du nouveau Gouvernement libanais, les 4 intervenants,  pourtant de sensibilités différentes, ont répondu qu’il s’agissait d’un voeu sans volonté  réelle de changer les choses car tous les partis sont bénéficiaires de la confessionalisation.

Pour Albert Kostanian, responsable du parti Kataeb (social-démocrate et maronite) les accords de Taëf et de Doha qui ont mis fin à la guerre et qui préconisaient une certaine dé-confessionalisation sont vides et n’engagent à rien. D’ailleurs pour lui avec ce système les communautés s’y retrouvent en s’appuyant sur les étrangers (Arabie Saoudite, Iran, etc…).

Albert Kostanian

Albert Kostanian

Talal Atrissi, sociologue, explique que dans l’Histoire il y a toujours eu des progressistes qui ont réclamé en vain la dé-confessionalisation . La société civile pense que la confessionalisation est une garantie pour la stabilité du pays, elle n’est donc pas prête à ce changement.

Talal Atrissi, sociologue
Talal Atrissi, sociologue

Pour le professeur Antoine Massarra, il est plus urgent de trouver la « thérapie » à cette « pathologie » et refuse de porter un jugement sur le système.

Antoine Messarra
Antoine Messarra

Le dernier à intervenir sur cette question est l’économiste Kamal Hamdan qui parle de drame libanais. Il met l’accent sur le coût pour la population du SPC (Système Politique Communautaire ou Confessionnel). Il souligne que le PIB actuel est le même que celui de 1974 avec près de 2 millions d’habitants supplémentaires.Il note également que la charge fiscale a triplé. La sécurité sociale est en faillite à cause des multiples réseaux de sécurité sociale communautaire. Kamal Hamdan sera très applaudi.

Kamal Hamdan, économiste
Kamal Hamdan, économiste

Pendant la deuxième partie de cette soirée les intervenants présenteront leurs propositions pour sortir du système.

Georges Sassine, journaliste
Georges Sassine, journaliste

Talal Atrissi expose trois solutions ; une  démocratie avec une majorité et une minorité n’est pas acceptable, la majorité serait les musulmans et la minorité les chrétiens. Une démocratie consensuelle serait très difficile à mettre en place car il faudrait définir un pouvoir de référence. Talal Atrissi donne l’ exemple de l’alliance entre le Hezbollah et le courant Patriotique Libre de Michel Aoun. Cette expérience lui apparait comme un moyen « d’accepter  l’autre ».

PROCHEORIENT-Liban-04-01 Pour Albert Kostanian la laïcité n’est pas la solution et il propose un pacte national de vivre ensemble. Pour lui ça serait la consécration du « multiculturalisme » libanais. Il refuse « l’homo libanus » et souhaiterait un « régionalisme poussé » . Et il met l’accent sur la démocratie directe, le droit des individus, le droit du non culte, le mariage civil. Enfin la neutralité devrait être  respectée pour éviter les manipulations étrangères.
Antoine Messarra utilise beaucoup d’images et j’ai bien aimé son image du cèdre qui a ses racines dans la boue et les branches tournées vers le ciel.

Cèdres de Barouk (photo 2001)
Cèdres de Barouk (photo 2001)

Il explique ainsi que le système confessionnel est pour les responsables de l’Etat un prétexte à utiliser quand les choses vont mal à cause d’eux. Antoine Messarra précise maintenant la thérapie à adopter ; pour lui la priorité est la recherche de l’autonomie personnelle dans tous les actes de la vie civile. Il préconise des réformes sociales au cas par cas en fonction des normes internationales. Il cite en exemple de « mode d’emploi » : le rapport de Bernard Stasi en France et le rapport Bauchard au Canada. Pour terminer il regrette que les intellectuels libanais ne se fassent pas suffisament entendre, « le rôle de l’intellectuel c’est de dévoiler ce que nous cache les idéologies et pas d’entrer dans les polémiques ».

de gauche à droite, Albert Kostanian, Kamal Hamdan, Georges Sassine, Antoine Messarra et Tala Atrissi
de gauche à droite, Albert Kostanian, Kamal Hamdan, Georges Sassine, Antoine Messarra et Tala Atrissi

Kamal Hamdan rappelle que le communautarisme n’est pas une garantie pour les citoyens; Il regrette que la France n’ait pas aidé le Liban dans sa recherche de la démocratie. Il souhaite des réformes surtout dans le domaine de l’enseignement et défend l’école publique laïque seule capable d’apprendre à vivre ensemble.
Ainsi devait se terminer les interventions et c’est à cette heure que j’ai quitté la salle. J’ai quand même entendu une personne de la salle s’exclamer à proposant de fonder un parti défendant les valeurs exposées lors de cette soirée.

Beaucoup de libanais et d'amis du Liban sont réunis pour ce débat
Beaucoup de libanais et d'amis du Liban sont réunis pour ce débat

Je suis parti, fier d’avoir été spectateur d’un grand événement citoyen : ces citoyens libanais ont quitté leur pays pour différentes raison (étouffé par le manque de laïcité pour le modérateur Georges Sassine). Malgré cela loin d’être indifférent à l’avenir de leur pays d’origine et ils s’engagent. On parle du « génie libanais » , maintenant je comprend mieux la réalité de cette affirmation.
Merci au Collectif de m’avoir invité.

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