21. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Monsieur E., éditeur

Samedi soir, à quelques heures de la fin de notre séjour, nous avons rendez vous chez « une dame française ».
En haut du village, un chemin qui semble aller dans la montagne, nous mène chez Monsieur E et son épouse C. , la française du village.
Ils nous accueillent et nous y resterons diner, dans leur maison, spacieuse, au décor design inhabituel dans la région. Monsieur E. nous apprend que cette maison est l’ancienne filature de soie, abandonnée dans les années 1960. D’ailleurs une photo ancienne en témoigne. Beaucoup de travaux ont été nécessaire pour transformer cette usine, seul lieu de travail des jeunes de Kfarakab et en même temps lieu de rencontre entre jeunes gens et jeunes filles.

L'éclairage de la grande salle
L’éclairage de la grande salle

Maintenant l’usine est devenue le lieu de repos pour Monsieur E et son épouse qui travaillent à Beyrouth.
En effet Monsieur E est directeur d’un bimensuel qui relate des événements culturels du Liban. Ce périodique est édité en français parce que notre langue est celle « des gens cultivés à Beyrouth ».
Cette revue est distribuée par abonnement et dernièrement sur Internet.
Monsieur E. dirige cette revue depuis 15 ans.
Monsieur E. nous parle donc de la vie culturelle au Liban et nous en profitons car ce n’est pas le domaine qui se voit facilement quand on visite Beyrouth.
La culture ne se résume donc pas aux événements qui se déroulent au célèbre Casino du Liban vu de l’autoroute à l’est de Beyrouth.
Monsieur E. nous indique qu’en ville, tous les 15 jours il y a des concerts de musique classique en alternance avec des musiques locales.

Il y a 7 salles de concerts, 7 salles de théâtre. Les troupes et les orchestres sont libanais. La vie culturelle est également organisée par les ambassades qui accueillent des artistes étrangers.

Le théatre d'avant la guerre en reconstruction
Le théatre d’avant la guerre en reconstruction
beyrouth
Sculptures contemporaines au centre de Beyrouth, au fond le cinema qui n’a pas été reconstruit depuis la guerre.

Monsieur E. est un érudit que  les nouvelles techniques de communication attirent. Il s’enthousiasme pour le podcast un moyen extraordinaire pour profiter de l’information , de la musique, etc…
Quand nous parlons des films français que nous aimons bien, il nous annonce que son choix, au niveau mondial est beaucoup plus riche . Nous , nous aimons beaucoup la production libanaise comme « Caramel »… Il déplore également le « matraquage » des médias français pour la publicité des livres.
Monsieur E. aime la provocation quand il dénigre l’importance des Jeux de la Francophonie qui se dérouleront prochainement à Beyrouth « une invention de Chirac sans intérêt ».
Quand on aborde la politique, le verbe se fait encore plus acerbe.

Pour lui le Liban est un triste laboratoire pour les puissances mondiales : par exemple le conflit chiites-sunites.
« Israël est le cancer de la région ». Le Hezbollah « une troupe de barbus » a vaincu Israël, une des armées la plus  forte du Moyen Orient. Ils ont réussi à couler un bâtiment de la marine israélienne. Et cela a changé la donne dans la région.
Monsieur E. regrette que le Liban soit manœuvré par l’extérieur et déclare qu’ une volonté nationaliste est nécessaire.
Enfin, Monsieur E. bouleverse mes espérances  en la l’Union de Méditerranée pour construire la paix, il me prouve qu’Israël ne s’intégrera jamais dans cette union. « C’est un moyen de refuser la Turquie dans l’Europe ».
Le franc-parler de ce beyrouthin, cultivé, musicien, grand voyageur et personnalité du monde culturel libanais, nous surprend . Et on se dit que le malaise doit être sacrément profond ici et que notre information en France est sûrement partiale sur ce Moyen Orient…

Bernard, le rédacteur et photographe des billets « Rencontres libanaises »

Autoportrait après 15 jours au Liban…

Bernard a découvert le Liban lors d’une précédente visite en 2001.  Il avait été hébergé comme cette année par Gites du Liban, dirigé par Chéhadeh.
Bernard et son épouse Colette aime beaucoup les voyages (plusieurs pays d’Afrique, les pays de l’Est, le Canada, 3 fois de suite à Madagascar) . Chaque année ils se paient un grand voyage à l’étranger.
Cette année ils ont choisi de revenir au Liban et de profiter des nombreuses connaissances de Chehadeh pour rencontrer les gens.
Pour Bernard, faire connaître à ses amis, le Liban par son blog et peut être par un livre d’images et de textes est important. D’ailleurs il a appelé son blog  « Partager »  parce qu’il cherche toujours à faire partager ses bons moments et ses découvertes.
Bernard et son épouse Colette vivent intensément ces voyages qui leur permettent d’abord de faire connaissance avec des gens de pays « étrangers » . Au retour, ils suivent avec plus d’attention aux actualités de ces « nouvelles connaissances » . Bernard et Colette se souviennent d’avoir participé à une manifestation lors de l’attaque contre le Liban en juillet 2006.

Colette et Bernard à Beyrouth devant les célèbres rochers aux pigeons

Colette et Bernard à Beyrouth devant les célèbres rochers aux pigeons

Bernard et son épouse reviennent « bluffés »  par la gentillesse des gens envers eux et surtout de leur accueil. Quelle leçon d’ouverture aux autres !
Les images de convivialité, de ces villageois se retrouvant autour d’un café, resteront un souvenir très agréable.

Les amis, les voisins autour du café

Les amis, les voisins autour du café

Bernard et son épouse ont apprécié la sincérité de leurs interlocuteurs, toujours prêts à exprimer leurs idées, des opinions personnelles. « Avant je n’imaginais à tel point Israël  est rejeté dans la région, même par des non-musulmans. ».  La presse occidentale a tendance à défendre Israël quoiqu’elle fasse, (l’histoire continue à culpabiliser…).
Suite à ces rencontres Bernard a lu et entendu différemment le dossier du nucléaire militaire en Iran ; certains libanais , et pas uniquement des chiites, trouvent normal que l’Iran possède une bombe atomique pour faire dissuasion à Israël qui en possède ; ces libanais pensent que la paix dans la région est à ce prix.
Bernard a compris que la grande hantise des libanais rencontrés est que la solution du conflit soit l’expulsion de tous les palestiniens vers Liban (ce qui a été une des causes de la guerre de 75 à 95).
Pour Bernard les chrétiens au Liban ne sont pas seulement des partisans qui se regroupent derrière la bannière de leaders politiques. Bernard a été très impressionné par la ferveur voir la spiritualité de nombreux chrétiens ; ce sont les mêmes qui ont exprimé une grande tolérance envers l’islam. « Nous sommes sur la terre qui a vu naître ces deux religions ! »
Bernard s’interroge toujours sur ce qui pousse les chrétiens à construire encore des cathédrales ou à ériger d’immenses croix sur les plus hauts sommets . A faire la comparaison avec la gigantesque et luxueuse  mosquée de Beyrouth  construite en 4 ans par quelques sunnites de poids ou à résister à une situation en déclin ?
Pendant ce temps des centaines de chrétiens jeunes et diplômés quittent le pays et son marasme politique et économique.

Cathédrale maronite en construction

Cathédrale maronite en construction

Mosquée de Beyrouth derrière le Monument aux martyrs

Mosquée de Beyrouth derrière le Monument aux martyrs

Pour Bernard et son épouse, le Liban (au moins de ce qu’il connaît)  est vraiment la terre de la complexité et qu’ils veulent continuer à explorer tant elle leur apporte de satisfaction. C’est pourquoi ils ne manquent jamais une occasion d’inviter leurs amis à partir au Liban, ce petit pays où il fait si doux, où les gens sont si agréables et enfin où l’on est en sécurité.

15. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Raymond, professeur

Je devais revoir Salim le poète que nous avions rencontré en 2001 et je me retrouve dans une réunion de famille chez Mohin, le palestinien. En effet un des fils de Mohin , qui travaille à l’étranger, est revenu pour quelques jours chez son père. Alors tous les amis affluent pour le revoir .
Après avoir échanger quelques mot avec Salim, Raymond me fait signe intéressé de discuter avec moi.
Raymond est là avec sa femme et ses deux adolescentes . Je l’avais remarqué par sa ceinture de cartouches, il revenait de la chasse avec un ami !

De gauche à droite, Raymond, Mouin, Moi et Chéhadeh

De gauche à droite, Raymond, Mohin, Moi et Chéhadeh

Son épouse est également professeur .
Raymond engage la conversation en m’interrogeant sur l’interdiction du port du voile en France .
Il est chrétien, il enseigne le français dans la ville d’à coté, dans un collège privé propriété d’une congrégation française.
Avec son épouse, ils estiment qu’il est important que la religion chrétienne au Liban se maintienne en nombre et qu’elle soit vécu avec plus de sérénité car selon eux il y a trop de fanatisme actuellement.

Rôle des chefs religieux

Et pour cela les chefs religieux ont un rôle très important à jouer pour moins de dogme et plus de conseils pour mieux vivre ensemble.
Ecoutez l’épouse de Raymond :les chefs religieux
Raymond  m’explique que dans son collège il y a une majorité de chrétiens mais aussi des musulmans de plusieurs obédiences. Le catéchisme est obligatoire pour les enfants de religion chrétienne, mais le Coran est enseigné également aux petits musulmans.
Il y a des écoles où se déroule un cours de religions. Pour Raymond et son épouse cela permet une ouverture d’esprit car le problème c’est l’ignorance des gens.
En classe les enfants sont d’ordinaire tolérants, pourtant Raymond me cite le cas d’une jeune de 16 ans qui avait écrit dans une rédaction « les musulmans je les déteste !».
Raymond pense que des propos comme celui là sont le fait des guerres pendant lesquelles les gens des innombrables confessions au Liban se sont entretués.
Ecoutez Raymond : les guerres
Avec fierté, Raymond me relate le baptême de deux jeunes druzes de son collège, avec l’accord de leur père.
Sur la politique, Raymond regrette le passé, d’avant 1975 . Maintenant il y a le Hezbollah et Israël, ce « virus » inoculé par les anglais dans le Moyen Orient.
Ecoutez Raymond : c’était meiux
Pour lui le général Aoun est d’abord un militaire et des militaires, il n’en a pas confiance.
Il tient à me préciser que ce n’est pas parce qu’on est chrétien qu’on doit voter « chrétien ».
Les jeunes filles de Raymond commencent à s’impatienter, nous terminons cet entretien passionnant.
Nous nous donnons nos adresses car Raymond et sa famille souhaiteraient visiter la France. Comme nous serions heureux de vous accueillir et vous faire toucher du doigt cette culture que vous enseignez tous les jours aux petits libanais, pour lutter contre l’ignorance qui fait tant de dégâts.

15. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Saïd, l’agronome

Saïd est à la retraite depuis plusieurs années, il a travaillé toute sa carrière au ministère du développement rural.
Il a fait ses études d’agronomie en France à Perpignan. Il garde des contacts avec des professionnels de sa promotion.
Nous rencontrons Saïd et son épouse Wadad dans sa maison construite à la place de la cave de son père.

La maison de Saïd n'a pas l'architecture habituelle au Liban mais celle des caves des vignerons

La maison de Saïd n'a pas l'architecture habituelle au Liban mais celle des caves des vignerons

Dès notre arrivée, Saïd nous guide vers son verger. Métier oblige, il nous montre les nombreux  cépages de vignes qu’il a planté et qu’il soigne . Nous parcourons les différentes terrasses aménagées pour ses cultures. Comme je m’étonne qu’il n’ait pas d’herbe sous ses vignes et que le soupçonne d’utiliser des herbicides, il me répond que faute de pluie, l’herbe ne pousse plus depuis le dernier sarclage.

Saïd dans ses vignes

Saïd dans ses vignes

L'escalier pour passer d'une terrasse à l'autre

L'escalier pour passer d'une terrasse à l'autre

Grappe de pistaches

Grappe de pistaches

Saïd parle parfaitement le français.
Dès le début de notre conversation, Saïd et son épouse nous interroge longuement sur l’immigration magrébine  en Europe. Ils pensent que notre situation doit être compliquée du fait des différences de cultures.
Saïd en spécialiste nous a expliqué la géographie rurale du Liban.
Actuellement  les zones irriguées sont florissantes. On y produit des fraises et des pommes. Il n’y a pas de problème de débouchés car ces production est destiné uniquement au marché intérieur. Les zones sèches sont le règne  de la vigne et des figuiers.

Dans la vallée irriguée

Dans la vallée irriguée

Pommes délicieuses de la vallée de Nahr el Jaouz

Pommes délicieuses de la vallée de Nahr el Jaouz

L’érudition de Saïd nous a impressionné tant dans son domaine de l’agriculture mais aussi dans les domaines humains, nous comprenons que ses parents l’ait appelé Saïd qui veut dire en arabe le bienheureux. Le prénom de son épouse Wadad, amour, en arabe  lui va bien.

15. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Kaled, étudiant à Beyrouth

Kaled monte au village presque tous les vendredis soirs en été. Il y retrouve sa mère, ses tantes et ses amis.

Kaled étudie à Beyrouth dans une école équivalent à Sciences Po. Il doit avoir 22 ans.

Nous parlons des jeunes et de la politique.

Aux dernières élections les jeunes ont majoritairement voté comme leurs parents.

Ces positionnements provoquent des tensions entre étudiants ce qui ne facilite pas les études. Dommage car les études sont chères.

Pourtant paradoxalement et peut être de la part de ceux qui comme Kaled essaient de prendre du recul, le refus des partis voir pour d’autres l’indifférence, semblent la tendance actuelle.

A Beyrouth...

A Beyrouth…

Alors ils sont désespérés. Ils s’interrogent sur l’avenir politique et surtout économique de leur pays.

Mariage dans le village

Mariage dans le village

Mariage à Byblos

Mariage à Byblos

Les débouchés de leurs études sont illisibles et de nombreux jeunes étudiants décident de partir rejoindre frères, sœurs   ou cousins à l’étranger.

Kaled qui se prépare au journalisme, n’a pas exprimé ce désir.

Néanmoins, Kaled a une opinion tranchée sur l’objectivité de la presse . Il estime qu’aucun journal libanais n’est objectif ; pour lui ce n’est pas possible car ils sont tous attachés à des intérêts politiques ou financiers. Il me donne l’exemple de l’Orient le Jour, que je lis régulièrement sur Internet, qui est « partial » puisque financé par l’Arabie Saoudite.

De plus les nouveaux journaux sur Internet qui bouscule en France la presse traditionnel, sont peu lus au Liban du fait de la faiblesse du flux Internet.

Société bloquée, jeunes sans repère sinon celui de leurs familles, jeunes diplômés qui s’expatrient, économie en difficulté, est ce bien spécifique au Liban ? Comment la générosité de la jeunesse va-t-elle exploser ? Quel gâchis !

Adiba, caissière aux télécoms

Nous avons rencontré Adiba à trois reprises.
La première fois, c’était au supermarché, elle achetait le produit pour faire prendre la confiture , elle nous a renseigné sur le chemin le plus court pour retourner à la maison.
La deuxième fois nous l’avons retrouvé au central téléphonique avec ses collègues de la poste et des télécom au moment du café du matin.
La troisième fois elle nous a invité chez elle et nous a fait connaître son mari, Emile, professeur de collège.
Adiba fait de délicieuses confitures ; elle nous a offert un pot de confiture de figues que nous faisions honneur au petit déjeuner.

Une collègue !!!

Adiba travaille aux télécoms libanaises ; deux fois par jour, elle « monte » au travail ; en effet elle doit emprunter les chemins et surtout les escaliers qui serpentent à travers maisons et jardins. Son lieu de travail est là haut au pieds des pylônes qui dominent toute la région.

relais

Une partie du paysage vu du haut du central

Une partie du paysage vu du haut du central

Son travail consiste à recevoir les clients qui ont un abonnement téléphonique et qui paient tous les mois leur facture. Elle traite environ 30 factures par jour. Les abonnés savent qu’ils doivent venir payer tous les mois, aucun courrier leur est envoyé ; néanmoins ils peuvent préalablement demander à Adiba un relevé de leur consommation. Au village on ne téléphone pas beaucoup avec son téléphone de la maison, la moyenne annuelle est de 50 000 livres libanaises soit 22,5 € auquel il faut ajouter le prix de l’abonnement mensuel 15000LB soit 6,7€. Les portables sont de plus en plus utilisés ainsi que les cartes pour les cabines téléphoniques vendues également par Adiba et son collègue.

l'Heure du café avec ses collègues

l'Heure du café avec ses collègues

Adiba et Emile ont deux grands enfants.
Emile est encore en vacances, la date de la rentrée est le 1er octobre. Emile enseigne l’arabe (langue officielle au Liban) dans un collège public . Il a habituellement entre 20 et 30 élèves, sympas, nous a-t-il précisé « on connaît bien les parents, alors… ! ».
Emile nous explique que le nombre d’heure d’enseignement est dégressif avec l’âge. Il fait 15h par semaine et il a 59 ans. Il attend ainsi la retraite dans 6 ans avec sérénité.

Fervent de Michel Aoun

Emile comme la majorité de ses collègues, ajoute-t-il, est favorable à Michel Aoun. D’ailleurs pendant notre rencontre les infos à la télé diffusé un discours de ce dernier. Inutile de préciser que nous nous sommes tus, écoutant le leader avec une ferveur étonnante pour nous.
Ecoutez Michel Aoun à la TV :TV

Emile nous déclare que son favori est notre De Gaulle, il sauvera le Liban. Il n’hésite pas à nous affirmer que 90% des chrétiens « aiment » Michel Aoun qui est « sérieux et rigoureux ».

Les dix commandements

Adiba est très croyante, le matin elle était allé participer pendant 2 heures à la procession de la fête maronite de la Croix.

Adiba et Colette

Adiba et Colette

Adiba souhaiterait que les chrétiens s’approprient plus les préceptes des dix commandements et surtout le respect des autres. Elle est convaincue que cela changerait la société. Adiba donne volontiers l’exemple de l’Islam.
Voilà une réflexion pleine de bon sens, de conviction et surtout d’espoir, qui conclue bien à propos cette rencontre très chaleureuse.

07. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Georges, le maçon

« Quelle belle maison ! » nous nous exclamions quand Georges est venu à notre rencontre. Ce n’était pas prévu. Fier que nous admirions sa maison, Georges nous a inviter à poursuivre notre visite.

La maison de Georges vue de la route

La maison de Georges vue de la route

Georges nous disant "Entrez donc"

Georges nous disant "Entrez donc"

Nous nous étionnions devant la profusion de sculptures et devant le choix des pierres pour les différents montages (avec des pierres rares).

Nous avons été accueillis par le constructeur de cette grande maison comme toutes les maisons du Liban.

Georges a construit entièrement sa maison dans les années 70. Et elle paraissait comme neuve avec cette pierre du pays qui ne vieillit pas . Il en a été également l’architecte.

Nous étions « bluffés » devant cette œuvre d’un seul homme.

Au cours de la visite nous avons appris que Georges en avait construit bien d’autres des maisons. Alors il est entrepreneur ? Il est seulement le maçon qui lorsqu’il est appelé à construire, s’entoure de compagnons de tous corps de métiers. Au Liban dans la campagne il n’y a pas d’entreprise de maçonnerie mais des maçons à leur compte.

Georges continue sa visite et nous fait découvrir une cheminée monumentale magnifiquement sculptée…presqu’aussi belle de celles de Chambord !

Georges devant la cheminée qu'il a réalisée

Georges devant la cheminée qu'il a réalisée

Bientôt, nous qui étions de passage sur la route, nous faisons connaissance avec la femme de Georges, sa belle-fille, ses petits garçons.

Ils nous invitent tout naturellement à prendre le café (ou le thé) et nous discutons.

Nous apprenons que Georges a deux filles et deux garçons dont un habite la maison et a repris le métier de son père (maintenant à la retraite).

Exceptionnellement aucun membre direct de la famille n’est à l’étranger.

Partout dans la maison nous voyons des images de St Charbel, le saint maronite le plus populaire du Liban et de St Georges.

Nos hôtes sont chrétiens maronites.

A l’extérieur nous remarquons dans la propriété un mazard très bien fleuri et Georges nous précise que c’est son petit fils de 14 ans qui décore ainsi ce sanctuaire familial.

Le sanctuaire  fleuri par le petit fils de Georges

Le sanctuaire fleuri par le petit fils de Georges

Georges, venant à notre rencontre, nous inconnus, au lendemain de notre arrivée dans le village, et nous accueillant dans sa maison, restera le souvenir symbole du grand cœur de nos amis libanais.

06. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Dalal, retraitée.

Dalal nous accueille dans sa grande maison. Les maisons libanaises de la campagne ont toujours immenses avec plusieurs salons. On « se visite » beaucoup matin et soir autour d’un café. En effet quand nous sommes arrivés, Leillia et son mari Adib terminaient leur « visite ». Dalal veut dire « mignon » en arabe…

Un des magnifiques salons de chez Dalal

Un des magnifiques salons de chez Dalal

Vue de la terrasse qui surplombe la vallée

Vue de la terrasse qui surplombe la vallée

La maison de Dalal surplombe la vallée et de la terrasse par temps clair et sans pollution Beyrouth se dévoile.

Dalal est une jeune retraitée depuis cette année ; auparavant elle était professeur de chimie dans une « école officielle », c’est à dire école d’Etat.

Dalal nous montre le moulin à grain de son père près de la maison familiale.

Son père a immigré très jeune en Australie ; en ce temps là, 1900-1920 les transports n’étaient pas facile, il fallait obligatoirement naviguer vers Marseille, le plus souvent en cargo. Contrairement à la majorité le père de Dalal est revenu au Liban, au village pour y travailler comme meunier.

Dalal a trois enfants ; comme dans beaucoup de familles rencontrées, les deux ainés sont à l’étranger (l’un s’est marié avec une française, l’autre avec une jeune fille du village d’à coté). Le troisième fils de Dalal est étudiant dans une école d’ingénieur à Beyrouth .

« Nous sommes par hasard vivants ! »

Lors de cette rencontre la discussion est venue sur la guerre, peut être que nous nous interrogions sur quelques traces d’éclats restants sur les murs de sa maison. Le village était la cible des obus venant de l’Est (les Syriens) et plus tard venant de l’ouest (les canons des miliciens).

Nous avons constaté que les plaies de cette période ne s’étaient pas refermées.

Dalal nous parle des peurs de sa vie ; un obus de 155 est tombé sur le foyer où ses enfants étaient entrain de jouer , elle est accourue, heureusement les enfants avaient pu être mis à l’abri. Une autre fois à Beyrouth un char est passé sur sa voiture où devaient être resté ses enfants.

Ecouter son récit avec Chehadeh, notre ami :la-guerre

« Nous sommes  par hasard vivant ! » nous déclarerons nos amis libanais.

Les civils ont payé cher ces conflits répétés, ils peuvent reconstruire leurs maisons, leurs villages, leurs villes avec un grande passion, mais nous avons ressenti que les blessures dans les têtes resteront enfouies mais toujours vivantes.

05. octobre 2009 · Write a comment · Categories: Voyages · Tags:

Fouad, l’orfèvre.

Fouad habite un quartier dit mixte de Beyrouth, c’est à dire qu’ici, cohabitent sunnites et chiites.

Le quartier s’appelle  Mazraa. Pas loin d’ici pendant la guerre la ligne de démarcation entre Beyrouth Ouest musulmans (où nous sommes) et Beyrouth Est chrétien. Fouad nous montre la maison en face de son atelier où une famille a été victime des balles des snipers de Beyrouth Est.

Le quartier Mazraa à Beyrouth

Le quartier Mazraa à Beyrouth

Fouad est orfèvre ; il confectionne avec ses frères principalement des plaques–pendentifs en or ou en argent.

fouad

Sa boutique est très petite comme beaucoup de commerces dans ce quartier. Si les bijoux de style oriental vous tentent allez dans ce quartier il y a beaucoup de choix et l’or est encore bon marché !

Sur les conseils de notre ami Chehadeh, nous orientons la discussion sur le terrain politique et je remarque que Fouad est très à l’aise, il accepte d’être enregistré. Nous aurions pu parler pendant des heures, seuls ses clients interrompaient notre dialogue .

D’abord « humain »

Je commence par l’interroger sur sa carte d’identité car j’ai appris que sur la carte d’identité libanaise il était mentionné l’appartenance communautaire de la personne . Sur les nouvelles cartes seul le statut familial est noté par exemple « divorcé » .

Ecoutez Fouad :

entretien-avec-fouad

Fouad déclare que sur sa carte il y a « sunnite » mais qu’en réalité il se sent d’abord « humain », puis « arabe », libanais et enfin sunnite. Il veut ainsi nous montrer le recul qu’il prend quant à l’appartenance à une communauté.

D’ailleurs Fouad n’aura de cesse de nous expliquer que pour lui la politique au Liban, ce sont des « politiciens » qui entrainent derrière eux des groupes de personnes en utilisant le communautarisme religieux. Tiens, tiens on croit entendre Moha, la prof d’histoire géo et chrétienne non pratiquante.

Pour des politiciens indépendants

Fouad continuera en précisant que ces « politiciens » ne sont pas indépendants en démontrant que dans l’histoire de Moyen Orient les impérialismes : les perses…, les européens (les croisées), les turcs et maintenant les américains et leurs alliés, ont toujours agi sur les populations locales et leurs représentants.

La fin de la guerre s’appuiera sur les accords de Taëf en Arabie Séoudite qui avait défini un équilibre interne parce que soutenu par la communauté internationale. Les accords de Doha au Quatar pour un Gouvernement d’entente il y a deux ans se sont construits sur la même base, l’équilibre.


Quand je m’étonne de la « capacité » des belligérants internes (entre famille par exemple) à se réconcilier, il nous explique deux choses : une fois l’équilibre national retrouvé, les actes de guerre s’oublient (ou plutôt on n’en parle plus) et  ce qui confirme notre horreur, que ce sont les pauvres et les jeunes que l’on paie pour faire la guerre.

L’explication de Fouad en audio : reconciliation

A ma question sur l’avenir d’un parti avec des valeurs de bien être, qui ne serait pas attaché à un « impérialiste » extérieur, Fouad me précise que ça existe avec l’exemple du parti communiste libanais. Je n’en saurais pas plus !

Qu’est ce qui anime Fouad dans ses convictions basées sur une analyse solide qu’il n’hésite pas à nous exprimer ? Nous aurions eu besoin de plus de temps pour en approfondir les raisons ; ce dont je suis sûr c’est que Fouad refuse le communautarisme et ses ravages au Liban. Je pensais qu’il était proche du Général Aoun qui prône un rassemblement mais Fouad m’a rétorqué que Aoun était d’abord un stratège cherchant le rapport de force (alliance chrétiens et Hezbollah).

Alors quel avenir pour la nation Liban ? Après l’entretien avec Fouad je reste interrogatif , dommage … De toutes façons Fouad nous a donné une leçon d’histoire si nécessaire pour comprendre les autres.

Pour terminer notre entretien, une leçon d’Islam par Fouad : lecon-dislam

02. octobre 2009 · 8 comments · Categories: Femmes, Voyages · Tags:

Je continue mes portraits des personnes que nous avons rencontrées lors de notre dernier séjour au Liban (avec quelques jours dans le pays voisin, la Syrie). J’ai prévu plusieurs portraits ces prochains jours : Georges le maçon, Kaled l’étudiant, Saïd l’agronome, Emile le prof et son épouse la caissière des télécoms, Fouad l’orfèvre, Dalal la retraitée qui nous parle de la guerre. Enfin je vous proposerai une ballade photographique à Beyrouth.

A la fin de ces portraits j’ai prévu d’éditer un livre de photos et de textes reprenant ces rencontres et d’autres moments forts de séjour ; à votre demande je pourrais vous adresser ce livre « Rencontres libanaises ».

Victor, le commerçant

Les commerçants sont nombreux dans le village et les environs. Il y a Yvonne, l’épicière-pizzaiolo qui confectionne sur place en un clin d’oeil les pizzas libanaises, les manakish au thym ou au fromage pour le petit déjeuner nous a-t-on dit… la sfiha à la viande et à la tomate épicée. Il y a la vendeuse de pignons récoltés par son mari, la marchande de légumes secs.

Yvonne l'épicière-pizzaiolo entarin de confectionner ses spécialités

Yvonne l'épicière-pizzaiolo entrain de confectionner ses spécialités

Il y a surtout Victor, le marchand de … produits d’entretien, le droguiste. Son père était commerçant en grains.
On vient de toute la région acheter l’eau de javel, les liquides désinfectants, les champoings, les liquide de vaisselles. Tous les restaurants et les couvents se fournissent chez Victor.
On ne sait pas bien si tout cela est réglementaires… mais c’est bien pratique. Victor commande en très gros (des bidons de 100l) dans des pays comme l’Egypte et revend après avoir transformé certains produits de base et les avoir reconditionné . Ces commandes sont souvent effectuées par …Internet rapide quand il n’y a pas de coupure d’électricité. Son générateur n’est pas très récent, Victor sait avant tout s’adapter.

Victor en plein travail

Victor en plein travail

Une force de la nature, Victor, en effet nous l’avons vu transvaser de l’eau de javel en la syphonnant avec la bouche !
Victor et Chehadeh sont de grands copains depuis longtemps et ça de m’étonne pas, ils sont d’abord de grands débrouillards.
Malgré son apparence un peu rustre, Victor a un grand coeur… d’ailleurs sont cœur est à prendre car il est célibataire ! Il nous a invité à diner deux fois de suite et nous étions malheureusement indisponibles. Néanmoins nous avons pu expérimenter sa débrouillardise ; il nous a accompagné lors de notre deuxième voyage en Syrie et il avait tout prévu pour le repas de midi, réchaud, café, verres et assiettes. Impressionnant ! Sans compter tous les mets qu’il a voulu nous faire goûter.
Victor est aussi un grand voyageur, il n’hésite pas à laisser son commerce-entrepôt (ses deux gros chiens veillent) pour voyager.

Victor et un de ses deux chiens.

Victor et un de ses deux chiens.

Victor est commerçant avant tout, là il revient de Beyrouth avec des tuyaux d'arrosage...à vendre.

Victor est commerçant avant tout, là il revient de Beyrouth avec des tuyaux d'arrosage…à vendre.

Il nous a parlé de l’Italie, de l’Espagne, de la Jordanie, du Maroc et même de la Chine. Certes les affaires doivent être sa motivation principale mais il ne manque sûrement pas d’y faire du tourisme. Il n’est pas  encore allé en France mais nous espérons bien l’accueillir prochainement , ce sera peut être son voyage de noce !

Paysage vu de chez Victor

Paysage vu de chez Victor

Lors de notre rencontre, pas d'électricité sauf au fond dans la montagne une propriété très éclairée !

Lors de notre rencontre, coupure d'électricité sauf au fond dans la montagne une propriété très éclairée !