Afrique, ne nous quitte pas ? (1)

Afrique, ne nous quitte pas ? (1)

Ces derniers mois les médias annoncent des massacres et même l’enlèvement de français au nord-Est du Burkina et au nord du Bénin. La région deviendrait de plus en plus dangereuse pour les voyageurs . La France va jusqu’à interdire cette région . Voir ci-dessous des cartes dressées par le Ministère des Affaires Étrangères. On me dit que ces conseils vont être un prétexte aux compagnies d’assurances pour ne pas couvrir les voyageurs trop entreprenants quelques soient leurs motivations, chasseurs, touristes animaliers ou humanitaires. Lire aussi cet article du journal « Le Monde ».

Pourquoi couper  du reste du Monde les gens de cette région ?

En 2005 nous avons traversé cette région et nous en gardons un souvenir inoubliable tant les villageois sont accueillants, leur culture attachante et leurs paysages  si agréables.

Je ne peux pas imaginer que ce pays soit interdit à tout étranger .

J’entends des explications sur les raisons qui pousseraient les habitants à relier les rangs des brigands-islamistes : la pauvreté, l’abandon du développement économique par éloignement des capitales Ouagadougou et Cotonou, un réseau de communication d’une autre âge, la multiplication des réserves de chasse ainsi que des concessions minières qui excluent les paysans de toute ressource alimentaire. Ce constat ne m’étonne pas vu ce que nous avons vu lors de notre voyage aller et retour de fin août 2005, entre Ouagadougou et Cotonou en passant par Tanguiéta un des villages les plus victimes de ce chaos. Nous étions 2 couples accompagnés  d’un chauffeur-guide d’une agence de Ouagadougou. A cette époque il y a 14 ans, nous étions attirés par la simplicité voir l’authenticité  de la vie par ces hommes et ses femmes, par leur courage, la solidarité qui les tenaient. J’y trouvait même un certain esthétisme qui me poussait à les photographier dans leur vie quotidienne. Je comprends maintenant qu’ils ne peuvent plus accepter cela, si en 14 ans rien n’a changé et si les Etats les laissent exploiter par des riches occidentaux et leurs devises qui viennent chasser tout en les ignorant. J’ai, un jour, déjeuner dans un de ces lodges, retour de chasse et rendez vous galant.

Pourtant …

Je pense à ces femmes et ses hommes  heureux de nous rencontrer.

Je reprends quelques photos qui me rappellent ces moments très forts d’humanité . Je pense également à notre guide Henri si désireux de nous mettre en lien avec cet autre monde si riche mais si éloigné de nous.

Lac de retenue de la Compiengua (Burkina), retour de pèche
Ces hommes reviennent de la pèche sur le lac et nous les ramenons à leur village.

Venant de Ouagadougou, nous avons franchi la frontière avec le Bénin. Sur le bord de la route, des villageois se pressent jusqu’au marché de Tanguiéta. Nous aimons parcourir les marchés, lieux de rencontres privilégiées.  Les jeunes n’ont pas classe ce jour là , ils nous abordent amicalement, fiers de montrer qu’ils apprennent notre langue . Très rapidement ils posent la question : « d’où viens-tu ?  » Quand nous répondons « de France », leurs visages s’éclairent en parlant de Paris et de la Tour Eiffel !

Mouhamed, plus hardi que les autres, me donnera son adresse afin que je lui envoie les photos de sa famille. Nous communiquerons pendant près d’une année, il m’expliquera les matières qu’il étudie , il me demandera  des livres et même un dictionnaire de français. Tout naturellement notre amitié aura ses limites à cause des milliers de kilomètres qui nous séparent.

Une des dernières lettres de Mouhamed, avec l’inévitable interrogation sur les véritables motivations de ces correspondances.

Je pense cependant que Mouhamed avec ses 15 ans n’avait d’autre objectif que d’entrer en contact pour échanger gratuitement, peut être avec en plus  la fierté devant ses camarades d’être en contact avec des adultes blancs.

Qu’est devenu Mouhamed  ? Peut être a-t-il pris le chemin de l’exil ou la route des brigands extrémistes, peut être est-il tout simplement, devenu un cultivateur à la recherche du meilleur développement  de sa région fort des qualités qu’il nous a démontrées lors de notre rencontre sur le marché de Tanguiéta .

Je pense à ces Mouhamed qui parcourent sûrement toujours le marché de Tanguiéta, que deviendront ils dans un pays interdit aux rencontres, interdit aux contacts avec nos cultures ? Auront-ils d’autres possibilités que de suivre les brigands-extrémistes et d’enfoncer leur pays dans l’obscurantisme . Certes notre rencontre a été une nano-particule d’humanité mais elle a eu le mérité d’exister pour notre enrichissement réciproque.

Un patrimoine architectural et humain à découvrir

Plus loin dans la région de Boukoumbé (Bénin) nous découvrirons un patrimoine architectural exceptionnel et toujours vivant avec ses tatas. Le tata est composé de plusieurs tours en argile, de greniers, de terrasses, de murs d’enceinte qui forme l’habitat : c’est le symbole de l’univers.

La famille nous fait visiter sa maison
Les greniers
Cette femme est fière de nous montrer comment elle entretient les murs de sa maison

Et des  rencontres pour s’enrichir …

Curieusement les scarifications sur le visage de Robert ressemblent aux décorations des maisons
Dans cette lettre, un jeune Robert, élève au CEG de Boukombé (Bénin) souhaite nous faire partager les traditions de son village…Dommage quelle immense valeur auraient eu ces photos prises .

 

Pourquoi faudrait-il abandonner ces hommes et ces femmes ?

 

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