Cette semaine je suis allé dans deux classes MHL (Maintenance Hygiène des locaux) au lycée technique.

Depuis 3 ans, je participe aux interventions du groupe Intergénérations dans les lycées de l’agglomération.

Nous sommes une quarantaine de retraités homme et femme qui avons décidé de donner de notre temps aux jeunes pour leur faire partager notre expérience de quarante ans de vie professionnelle.

Cela se déroule d’une façon très professionnelle car nous intervenons sur des sujets précis qui n’interfèrent pas sur l’enseignement des professeurs. D’ailleurs ce sont eux qui nous demandent avec l’accord du rectorat et de leur hiérarchie.

Nous abordons en fonction de nos compétences et nos parcours professionnels, plusieurs sujets : principalement l’élaboration du CV et de la lettre de motivation en complément de leur enseignement et surtout la simulation des entretiens que les jeunes aurons avec leurs futurs employeurs au téléphone comme en tête à tête.

Pour ma part, j’utilise mes compétences en ergonomie et sécurité des personnes. En effet je suis convaincu qu’il faudrait davantage sensibiliser les jeunes dans leur apprentissage (scolaire) à la préservation de leur santé dans les gestes, les comportements. Cela éviterait il me semble les nombreuses maladies d’usure de fin de carrière.

Tous les amis qui participent à ces diverses interventions sont unanimes pour exprimer leur satisfaction, leur impression « d’être utile  » et surtout leur intérêt de rencontrer les jeunes….surtout ceux tant décriés dans la société.

J’ai donc eu la chance de rencontrer Julie, Odile, Michel, Mossi, Djamila, Kévin, Amina, Aicha, Leyla,, Mathieu pour les prénoms que j’ai retenus…
Pour la plupart ils étaient en classe de SEGPA au collège. Ils ont entre 16 et 20 ans.
Ils apprennent dans les classes MHL (maintenance et hygiène des locaux) les techniques de nettoyage et d’entretien des locaux.

Avant de partager un moment de leur apprentissage en travaux pratiques et d’avoir parcouru les documents de cours, je ne m’imaginais pas la complexité du travail de nettoyage. On ne « fait pas la poussière » efficacement, simplement en passant le chiffon…Toute une technique est apprise pour enlever la poussière et surtout ne pas la faire « envoler ». De même pour entretenir un sol il y a tout un processus qu’il faut apprendre et respecter. Et maitriser l’emploi de la monobrosse électrique, ce n’est pas si simple (mon essai a été une catastrophe !!!).
C’est vrai il s’agit d’un métier, nécessaire à tout le monde . Je me souviens tant des réactions des collègues quand elles voyaient que leur bureau avait été mal entretenu !

Revenons à nos élèves ; dès leur scolarité, elles (les gars si très très minoritaires) sont mal vues . Au collège, ces jeunes étaient en difficulté grave « que va-t-on en faire »? , entend-t-on en conseil de classe. Ils ont donc été orienté en lycée technique en MHL « par défaut ».
Ici au lycée technique, les prof des autres classes les ignorent ; j’ai été témoin de ça…Les élèves des autres sections les « embêtent » . Surtout ne pas se faire voir en tenue de travail ! ou ne pas laisser le chariot dans le couloir au risque de le voir entraîner par la ruée des récréations.
Quand je leur demande s’ils ont choisi d’être là , toujours la même réponse « j’aurai voulu être en coiffure, en sanitaire et sociale, en cuisine ». « Je n’ai pas choisi cela ». Ils ne rêvent plus d’être ingénieurs ou médecins…
A l’autre question « Que pensez-vous faire avec votre futur CAP ou votre futur BEP ? », j’ai reçu des réponses très réalistes : « je vais continuer en BEP », ou »je vais trouver du travail. » . A ma question « Aimez-vous ce travail ? » à mon grand étonnement j’ai très souvent entendu « oui, je vais continuer dans le même métier. » .
Malgré tous les handicaps qu’ils trainent (physique, familiale, psychologique) elles se projettent dans l’avenir d’une façon adulte. Et pourtant ils entendent très souvent qu’ils manquent de maturité….
J’ai tendance à penser que la vie même limitée qu’elles ont, les a sacrément blindé.
Vous me direz, elles (ils) étaient indisciplinés, paresseux, ils n’ont pas voulu travailler en classe, etc..mais en sont-elles totalement responsable. Maintenant ils doivent assumer durement ce très bref passé.

Bientôt, comment rentreront-ils dans cette vie active, que nous, nous savons très dure ?
Y aura-t-il une place pour eux trop lents, trop timides, obèses, pas très forts en calcul, pas aidés pas leur parents, sans racine dans notre pays, toujours en échec, etc… ?
Je l’espère, ils sont si attachants Julie, Odile, Michel, Mossi, Djamila, Kévin, Amina, Aicha, Leyla,, Mathieu et les autres.
Comment faire que notre société les accueillent et les respectent avec métier qu’ils apprennent avec tant de courage ?
Une question qui pourrait faire l’objet des commentaires… Merci d’avance.
Mais même si sur ce blog je n’ai pas de réponse, sachez que Julie, Odile, Michel, Mossi, Djamila, Kévin, Amina, Aicha, Leyla,, Mathieu et les autres m’ont apporté beaucoup.

Une précision de taille pour terminer : CHAPEAU, mesdames, leurs professeurs, vous êtes extraordinaires en lycée technique. Je ferai un prochain billet sur notre rencontre (vous, votre travail très dur, vos interrogations, votre manque de soutien, etc… A bientôt.

19. décembre 2006 · 4 commentaires · Catégories: Actualité · Tags:

L’autre jour, au lycée technique, nous animions un atelier  » entretien téléphonique ». http://www.univ-orleans.fr/utl/?page=5

6 élèves de première année de BEP restauration collective s’entraînaient à utiliser le téléphone pour rechercher un stage…
En dehors des exercices, nous dialoguons avec ces élèves . Leur demandant si elles ont eu des expériences de demande de stage ou des job d’été, une élève nous apprend qu’elle travaille plusieurs soirs par semaine dans un boulangerie ouverte le soir.

Elle nous explique qu’elle a commençé à travailler l’été et qu’elle a poursuivi pendant l’année scolaire. Elle travaille jusqu’à 22h et rentre chez elle par le bus. Elle déclare qu’elle n’est pas trop fatiguée, « l’habitude » et que le travail scolaire n’est pas gêné.
Nous en parlons aevec le professeur, il est au courant et il nous précise que cette élève est une des meilleurs de la classe. Le professeur ajoute que le père étant au chômage, le salaire (environ 300€) est sûrement le bienvenu à la maison .

Aujourd’hui en lisant mon journal, je découvre que « Près d’un lycéen sur 5 a exercé un emploi en cours d’année ». Plus précisément , l’étude commandée par l’Union Nationale Lycéenne, révèle que sur un échantillon….18% ont, en dehors des stages conventionnés, déjà exercé ou exercent une activité rémunérée en dehors des vacances. Les activités se répartissent entre le baby-sitting (28%), la vente (24%), l’hôtellerie et la restauration (16%), l’événement et l’accueil (12%), l’industrie (7%) . On apprend également que près de la moitié ne sont pas déclarés . Plus loin l’étude précise que 23% des élèves des lycées professionnels travaillent parcequ’ils en ont besoin pour vivre.
Les professeurs constatent qu’en général cette activité perturbe le travail scolaire.

Nous sommes en France, en 2006 ! Nicolas S… lance partout qu’il faut que la France travaille plus . Pour améliorer ses revenus faudra-t-il aussi faire travailler nos enfants.

Est ce que notre jeune fille a manifesté contre le CPE l’année dernière ? Est ce qu’elle s’est inscrite sur les listes électorales ? Ce qui est sûr qu’elle connaît dans sa chaire le travail pénible et qu’elle n’a pas fini !
La campagne de l’UNL pour la revalorisation des bourses et une « reconnaissance sociale » des lycéens n’est pas un luxe . Faudra-t-il qu’ils ( les jeunes) reprennent le chemin des manifs pour être entendu ?

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Près d’un lycéen sur cinq a exercé un emploi en cours d’année scolaire
LE MONDE | 18.12.06

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