Les institutrices d’Alasora.

Violette et Dieudonné, les directeurs de la Ferronnerie d’Art d’Alasora près de Antananarive nous ont parlé de leur école à deux pas des ateliers.La curiosité nous a poussé jusqu’à ce batiment en construction.ecole.jpgC’est l’école qu’ils ont créé de toute pièce pour scolariser les enfants des ouvriers qu’ils emploient.Première surprise, à notre vue les élèves se lèvent pour nous souhaiter la bienvenue.classe3.jpgNous ne voulions pas déranger mais… Je pense qu’ils ont l’habitude des visites.Deuxième surprise, dans une salle mi classe mi réfectoire les enfants sont entrain de manger un bol de riz, pourtant il est presque 11h. Tout simplement il s’agit d’un petit repas en attendant la fin de la classe vers 13h30. « C’est nécessaire car les enfants arrivent en classe souvent le ventre vide ».repas.jpgLes deux classes alternativement bénéficieront de ce repas du matin. A la fin chaque enfant va au point d’eau dans la cour pour laver son bol.lavage2.jpgNous sommes étonnés du silence dans lequel tout cela se déroule.Pendant une pause les institutrices nous rejoignent. Elles nous expliquent que dans l’école 4 classes sont prévues, deux sont en place en ce moment. « Violette et Dieudonné ouvrent les classes en fonction des possibilités financières, car ils ne reçoivent rien de l’Etat, c’est une école privée. »Leurs élèves sont les enfants des employés de l’entreprise. Ces personnes en grande difficulté avant d’arriver chez Dieudonné et Violette ont maintenant la chance de faire scolariser leurs enfants gratuitement, contrairement à la grande partie du pays. « Cette année nous leur imposons de donner à leurs enfants un minimum de fournitures scolaires, car il faut les responsabiliser . ». Sur le même sujet : « Très souvent nous rappelons à l’ordre les parents pour l’hygiène de leurs enfants, car nous avons un rôle d’éducation. D’ailleurs ce sont les enfants eux même qui doivent rappeler les consignes à leurs parents ! ».

C’est madame la Directrice (dont je n’ai pas noté le prénom) qui nous précisent cela. Car elle a un rôle important ici, elle a connu Violette et Dieudonné « aux parents d’élèves » ; à la retraite, elle a décidé de les rejoindre bénévolement pour s’occuper de cette école.

instit2.jpg

Au cours de la conversation, assez fière elle nous déclarera que ses élèves sont en avance sur les autres pour l’examen de passage au collège ! Cela ne nous étonne pas . Pendant que les institutrices nous parlaient les enfants continuaient leur travail en silence, pour des enfants de 8 à 10 ans , chapeau ! Au bout d’un moment nous sommes partis car les petits commençaient à se dissiper, il ne faut quand même pas trop demander !

instit31.jpg

Espérons qu’ils continueront à être aussi studieux et qu’ils pourront ainsi sortir des difficultés qu’ont rencontré leurs parents.Un point à préciser : Monsieur Dieudonné paie le collège aux meilleurs, voilà où passent les bénéfices de l’entreprise. Elle n’est vraiment pas comme les autres cette entreprise made in Madagascar !Et les institutrices sont vraiment exceptionnelles.Alors si vous passez par là, après avoir acheté vos cadeaux, n’hésitez pas à pousser jusqu’à l’école et nos institutrices seront heureuses de vous rencontrer. On peut aussi offrir des fournitures scolaires, les besoins semblent être très importants.

Attention !!! si vous passez l’après midi, les élèves ne seront pas les enfants de l’entreprise…mais les enfants des quartiers des environs, car l’école est partagée « ça leur fait moins loin pour aller en classe ! » Tout simplement.

instit1.jpg

La deuxième institutrice.

Une entreprise pas comme les autres, made in Madagascar.

Violette et Dieudonné, mari et femme, habite la banlieue de Tananarive. Il était professeur , elle était sportive de haut niveau.
Leur vie maintenant est consacrée aux autres.
Avec sa bourse il est venu en France pour étudier le dessin et plus spécialement l’art des objets.
Ils ont mis en commun leur volonté d’agir pour et avec les Autres.

Ils ont créé leur entreprise de ferronnerie et ferblanterie d’art.
C’est Falo notre guide qui nous a emmené à ce paradis, plus exactement cet artisanat pas comme les autres.

atelier.1197304845.jpg
Une précision, quand on y arrive , nous n’avons pas l’impression du paradis mais plutôt de l’enfer tant le bruit des marteaux sur les enclumes est assourdissant, il y a même le feux des chalumeaux partout.
Mais quand même à voir de plus près, c’est le paradis.
Le bonheur de discuter avec Violette et ensuite de parcourir les divers ateliers est une bénédiction.
Ici chacun s’affère avec sérieux mais bonne humeur (la radio est réglée au plus haut). Que ça change d’une entreprise ordinaire, on ne voit pas bien le management car chacun donne l’impression de savoir ce qu’il a à faire ! On peut rencontrer le patron qui enseigne à un nouveau venu ou qui indique comment confectionner une nouvelle pièce. Parfois Violette se rend sur un chantier pour faire accélérer le processus.
Mais où sommes-nous vraiment ?
Violette et Dieudonné ont crée une entreprise d’insertion.

dieudonne.1197309409.jpg

Dieudonné entrain de montrer une pièce à fabriquer

violette.1197309687.jpg

Violette lors de notre conversation

violette2.1197310136.jpg

Ils font travailler 430 hommes et femmes . Ce qui étonne c’est le nombre d’enfants en bas âge, c’est que les mamans peuvent venir travailler avec leurs enfants ; les petits restent avec elles et les grands vont à l’école de l’entreprise.

bebe.1197309373.jpg

ecole.1197309440.jpg

enfants1.1197309956.jpgfamille.1197310025.jpg

Pour les tous petits il y a une crèche « familiale ».
Ces personnes pourraient aller travailler dans les innombrables ateliers de la grande ville, pourquoi sont-ils là ? Parce que Violette et Dieudonné vont chercher les plus démunis et spécialement les paumés, les handicapés, les sortis de prisons. Nos entrepreneurs pas comme les autres, s’occupe même de la santé de leurs ouvriers, ils apportent une attention particulière au suivi psychiatrique de certains.
Violette et Dieudonné connaissent bien les difficultés de pauvres , pour eux deux priorités après le travail, l’enseignement des enfants et au logement.
A quelques encablures de l’entreprise se trouve un lotissement, c’est la cité de transit où l’on peut rester que 6 à 12 mois. Attention pour être logé en famille, il faut être marié civilement, chez Violette et Dieudonné on ne badine pas avec l’amour…tout simplement ça permet d’avoir l’assurance que le couple est officiel et stable.
Une fois que les parents ont de l’argent ils construisent leur maison (souvent en équipe) sur un terrain acheté par l’entreprise, ça facilite beaucoup l’accession à la propriété .
Coté école, nous l’avons visité ; elle se construit à 200 mètres des ateliers. C’est la propriété de l’entreprise donc considérée comme école privée (comme beaucoup à Tananarive).
Nous avons eu le bonheur de rencontrer les institutrices, nous en dresserons un portrait prochainement.
Revenons à Violette et Dieudonné, les « patrons ». Ils habitent là, au dessus des espaces de vente, une grande maison très simple, toujours en construction.
Ils ont trois enfants qui s’appellent …Foi, Amour (le garçon), Espérance et Bénédiction . Tout le programme et la croyance de leurs parents.
Continueront-ils l’œuvre de leurs parents ? Pour Violette : pas l’ombre d’un doute, « tant ils sont élevé dans l’amour des autres ».
Où donc Violette et Dieudonné puisent-ils leur énergie quotidienne pour faire marcher une telle entreprise ? La foi peut être (j’ai cru comprendre qu’ils sont catholiques), de toute façon, la foi dans le Prochain « on ne peut pas laisser les gens dans le désarroi et la désespérance, ce sont des êtres humains ». A noter que l’entreprise est ouverte à tous sans préférence et exclusive liées à la religion.
Cette question aurait valu une rencontre spécifique, mais nous ne pouvons les déranger plus ils ont tant à faire.
Nous sommes là d’abord, pour choisir et acheter les sympathiques œuvres de ferronnerie. « Ca sort de l’ordinaire des artisanat pour touristes des marchés malgaches, ces ferronneries ont été créé par Dieudonné, certaine sont d’un modernisme étonnant. La boutique nous donne que l’embarras du choix. Nous en profitons pour faire nos cadeaux de Noêl, chut…

magasin.1197310569.jpg
Au fait j’ai omis de préciser que la matière première, par exemple les bonbonnes de gaz qui constituent le tronc des boababs, ou les tonnes de tôles viennent de la récupération. Dieudonné est aussi militant de la Terre. Ce n’est pas étonnant il est malgache et ici à Madagascar il n’y a pas de gaspillage, tout se transforme .

toles.1197310073.jpg

baobab.1197304871.jpgbaobab2.1197304932.jpg

Merci à Violette de nous avoir reçu et merci pour le témoignage qu’ils nous ont montré. Une fois de plus ils nous démontrent que les malgaches sont géniaux et qu’ils n’attendent pas pour s’engager pour le vivre mieux de leurs concitoyens. Je ne suis pas sûr qu’ils le souhaitent trop tant est normal ce qu’ils font, mais quand même leur initiative pourrait être plus connue ! Puis-je donner envie à quelques journalistes de nous faire un document plein d’espoir ? D’ailleurs je suis prêt à les accompagner tant j’aimerai passer de longs moments en compagnie de toutes ces personnes si fières de leur travail plus exactement de leur ouvrage.